Au milieu de l’hiver, la rédaction de Je bouquine offre un rayon de soleil et une bonne dose d’enthousiasme à ses lecteurs et lectrices (12-15 ans) en leur présentant un genre littéraire à l’opposé des sombres dystopies sur la fin du monde : le solar punk. Un univers plein de bonnes ondes et original qui dépeint des futurs positifs, solidaires et connectés avec la nature… Décryptage.
Solar punk, un futur qui donne des ailes
Depuis toujours, les œuvres de science-fiction imaginent le monde d’après, celui dans lequel nos descendants vivront, en 2143 par exemple. Et bien souvent, entre les apocalypses, les pénuries, les pollutions, ça ne fait pas rêver ! Mais un mouvement issu de la science-fiction, qui a émergé dans les années 2000, prend de l’ampleur. Plus optimiste, il est baptisé “solar punk”, en opposition au “cyber punk”. Auteurs, scénaristes, illustrateurs imaginent des sociétés dans lesquelles les technologies, les humains et la nature cohabitent en harmonie. Décryptage d’un genre littéraire qui donne envie de changer le monde.
Solar punk / cyber punk : deux univers qui s’opposent
Solar punk
L’association des mots solar (solaire) et punk évoque une vision positive de l’avenir. Dans la fiction, solar punk met en avant la vie en harmonie avec la nature et le retour à la terre (comme le jardinage, par exemple). Dans ce monde désirable, les sociétés sont plus égalitaires et les nouvelles technologies au service des humains. Le solar punk, c’est un futur vert et optimiste !
Cyber punk
Le cyber punk, c’est tout le contraire : c’est le “No future !” qui serait tagué sur un mur de béton gris, dans un décor apocalyptique. Les univers de ce genre littéraire sont sombres et lugubres. La technologie règne en maître dans une société violente et sous surveillance. Dans ces récits, l’IA, les hackeurs et les multinationales toutes puissantes sont partout. L’angoisse…
Bienvenue à Thopophilia
Nous sommes en l’an 2143. Dans cette jungle urbaine, la technologie permet à l’homme de vivre enfin en harmonie avec la nature. Prêt(e) pour la visite guidée ?

L’immeuble à alvéoles
Depuis que le climat a commencé à vriller il y a deux siècles, les températures extérieures peuvent passer de - 15 °C à 35 °C en février. Mais à l’intérieur de cette tour d’habitation gigantesque où vivent 1 356 personnes, il fait toujours 19,5 °C. Dans cet immeuble à alvéoles, construit sur le modèle d’un nid d’abeilles, les murs sont construits à base de bouse de vaches sauvages, un isolant super efficace. Au fil des années, pour lutter contre l’usure causée par la météo capricieuse, les “bâtisseurs” colmatent les fissures grâce à la taule récupérée sur les carcasses de voitures (un moyen de transport qu’on n’utilise plus). Ici, tout se recycle !
Le jardin à deux pas des immeubles
Si les habitants vivent dans d’immenses tours, c’est pour laisser plus de place à la nature en ville. Ici, elle est partout. À cette période de l’année, les jardiniers s’affairent au potager pour les récoltes. Ils gardent toujours un œil sur la météo. En cas de forte sécheresse, ils s’aident des nouvelles technologies pour booster leur production. Par exemple, à l’aide d’une simple télécommande en direction des nuages, ils peuvent activer des drones qui déclenchent des averses. Une brume fine s’abat alors sur les plants de carottes, un légume qui fait fureur à Thopophilia (le smoothie carotte/sauterelles ultra-protéiné est la spécialité locale !).
Le dirigeable solaire
Le “monde d’avant” n’a pas produit que des objets inutiles et polluants, au contraire ! Cet aéronef a volé pour la première fois en 1911. Ensuite, il a été exposé dans un musée. Deux siècles plus tard, il a été équipé de panneaux solaires ultra-puissants. Il parcourt désormais
le monde à 470 km/h. À l’intérieur, se trouve une grande bibliothèque, gratuite et ouverte à tous quand le dirigeable est amarré. On y vient autant pour le rayon fantasy que pour les manuels d’apiculture et de bricolage. Si tu veux rester ici, n’oublie pas de demander ta carte de membre…
24 mots d’un futur désirable sous forme d’abécédaire
- Brésil : le premier recueil officiel de nouvelles solar punk est publié en 2012 au Brésil. À quand une anthologie du solar punk dans la littérature jeunesse ?
- Hayo Miazaki : en 1984, le réalisateur a sorti un film d’animation solar punk avant l’heure : Nausicaä de la Vallée du vent. Dans un monde postapocalyptique où la nature a repris ses droits, la princesse Nausicaä est une héroïne inspirante : pacifique et connectée aux êtres vivants.
- Kintsugi : cet art japonais consiste à réparer des céramiques avec de l’or. C’est aussi une philosophie au cœur de l’esprit solar punk : réparer plutôt que jeter.
- La Houle : c’est l’un des héros du roman Nous sommes l’étincelle, de Vincent Villeminot. Le récit devient lumineux à mesure que les héros s’affranchissent du vieux monde.

- Nouvelles technologies : grâce à la “low tech” utile et durable, les habitants vivent en harmonie avec la nature. Par exemple, elle les aide à réguler l’usage de l’eau dans les cultures.
- Punk : les auteurs solar punk imaginent des futurs radieux, avec le meilleur de ce que l’humanité peut réaliser. Mais leurs héros restent révolutionnaires.
- Ravage : écrite par René Barjavel en 1943, Ravage est une œuvre “pré-solar punk”. Après une panne de courant, une société du futur s’effondre. Il faut réapprendre à vivre sans le confort moderne.

- Transports du futur : ça te dirait de grimper à bord d’un dirigeable nouvelle génération ? Alimenté grâce à des panneaux solaires, il permet de sillonner le monde. Et pour les trajets courts, il y a toujours le vélo !
- Wind : avec le soleil, le vent (wind en anglais) fournit aussi l’énergie des villes. Comme dans le très beau film d’animation Arco d’Ugo Bienvenu, où l’on voit des éoliennes sur chaque Îlot d’habitation.
- Xérophytes : les plantes du futur, ce sont elles ! Les « xérophytes », comme le cactus, sont capables de s’adapter au manque d’eau dans un milieu aride. On en trouve dans les déserts des États-Unis, du Mexique, du Sahara, de l’Australie…
- Yes ! : rejoindre le mouvement solar punk, c’est dire oui à l’avenir : c’est penser qu’un futur durable et désirable est possible. Un oui qui s’oppose au pessimisme ambiant.
- Zimbabwe : dans ce pays d’Afrique, à Harare, l’immeuble Eastgate Centre a été construit sur le modèle d’une termitière. Des petits trous dans les murs permettent à la fraîcheur de rester à l’intérieur, et la chaleur d’être évacuée vers l’extérieur. On appelle ça le biomimétisme. La nature inspire autant les architectes que les écrivains !
- Et aussi : Artisanat, Collectif, Débétonner, Énergies renouvelables, Fiction, Genre littéraire, Imagination, Jeu vidéo, Monde d’après, Optimisme, Quête, Science-fiction, Utopie, Vivre-ensemble.
“Solar punk, un futur désirable”, enquête extraite du magazine Je bouquine n° 504, février 2025. Textes : Laureline Dubuy, Anne Ricou. Illustration en tête d’article : Yann Valéani.
À lire aussi dans Je bouquine de février
L’effet miroir, une nouvelle de Jennifer Dalrymple
À l’occasion de la publication de sa nouvelle L’effet miroir, dans le magazine Je bouquine, Jennifer Dalrymple a répondu aux questions de la rédaction.
Pourquoi le solar punk vous intéresse-t-il autant ?
Jennifer Dalrymple : « J’ai toujours été écologiste, dans mes choix de vie, par mon activisme avec Greenpeace et à travers les histoires que j’écris. Quand j’ai découvert le solar punk, j’ai su que c’était pour moi, et que désormais je ferais tout pour développer ce genre littéraire. »

D’après vous, ce futur optimiste est-il réaliste ?
Jennifer Dalrymple : « Cette utopie est possible parce qu’elle existe déjà, en émergence ou déjà bien développée, dans de nombreux endroits. Alors, oui, je la crois tout à fait réalisable. Et désirable. Une utopie irréaliste ne m’intéresse pas. On n’a pas de temps à perdre ! »
“Les Essaims” : un roman solar punk à découvrir en 1 minute chrono avec Je bouquine
Publié en 2024, Les Essaims est la première exploration dans le solar punk de l’autrice française de science-fiction et de fantasy, Chloé Chevalier, qui imagine des univers doux et sensibles, propices à la rêverie. Son livre se distingue déjà comme un incontournable de ce genre littéraire. Le magazine Je bouquine le présente à votre ado, en une minute chrono, dans sa rubrique « Le classique sans prise de tête » de février 2026. Voilà qui devrait lui donner envie de le dévorer de la première à la dernière page !


