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Depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, l’intelligence artificielle s’est invitée dans le quotidien des adultes comme des adolescents. Entre promesses et risques, quelle place lui donner dans nos vies ? À travers un « procès » original, le magazine Okapi aide les 10-15 ans à se forger leur opinion et ouvre le débat en famille.

Accusée IA, levez-vous !

L’intelligence artificielle est accusée de tous les maux : elle nous rendrait moins intelligent(e)s, elle volerait nos emplois, elle consommerait trop d’eau et d’énergie, elle menacerait même la démocratie et nos libertés… Comme dans un vrai procès, le magazine Okapi explique ces accusations aux ados, mais donne aussi la parole à la défense. L’IA sera-t-elle condamnée ? Verdict dans ce dossier à lire ci-dessous…

Qui participe au procès de l’IA ?

Le procureur général. Il a dirigé l’enquête. Il pense que l’IA est coupable et demande sa condamnation.

La présidente de la cour d’assises. Elle gère le déroulement du procès.

Le procureur général.
Le procureur général.
La présidente de la cour d’assises.
La présidente de la cour d’assises.


L’accusée : « Je m’appelle Intelligence Artificielle et je suis connue sous les noms de ChatGPT, Claude… Dans ma version grand public, je suis née en novembre 2022 en Californie. J’apprends vite, j’écris des textes, je crée des images et j’aide à résoudre des problèmes. »

L’avocate. Elle défend l’accusée.

L’intelligence artificielle et son avocate.
L’intelligence artificielle et son avocate.


Le jury. Les jurés sont des citoyen(ne)s tiré(e)s au sort. Ils/elles doivent décider, avec les magistrat(e)s, du sort de l’accusée.

Accusation n° 1 : l’IA nous ramollit le cerveau

Un neuroscientifique à la barre : « À force de faire les choses à notre place, l’IA rend notre cerveau de moins en moins performant. »

Le procureur général : « Selon une étude réalisée sur des étudiant(e)s en 2025, l’activité cérébrale est moins importante lorsqu’on rédige des dissertations avec l’aide d’une IA que lorsqu’on se débrouille seul(e). On oublie facilement ce qu’on vient d’écrire et on ne pense plus par soi-même. Pire, l’IA met aussi en danger notre santé mentale ! Car la dépendance à l’IA entraîne du stress, tandis que les algorithmes de recommandation des réseaux sociaux nous enferment dans des bulles de contenus toujours semblables, qui mettent en péril nos capacités de réflexion et notre équilibre mental… Il est temps que cela cesse ! »

La parole est à la défense

Un médecin à la barre : « L’IA réduit ma charge de travail administrative et j’ai plus de temps à consacrer à mes patient(e)s. »

L’avocate : « L’IA prolonge notre cerveau. L’IA ne nous prive pas de connaissances, non. Elle nous donne au contraire les moyens d’en acquérir de nouvelles ! Elle accélère la recherche de nouveaux traitements, elle assiste les chirurgien(ne)s dans leurs opérations, elle prédit les risques de panne sur les machines dans l’industrie, elle aide les agriculteur(rice)s à détecter rapidement les maladies sur leurs plantes… Autant de tâches difficiles voire impossibles à réaliser pour un seul cerveau ! »

Accusation n° 2 : l’IA ruine la planète (et les droits de l’homme)

Un représentant d’ONG à la barre : L’entraînement d’une IA comme ChatGPT émet autant de gaz à effet de serre qu’un Français pendant 60 ans. Et son utilisation en émet encore plus !

Le procureur général : « L’IA repose sur des ordinateurs puissants et sur des systèmes de stockage de données qui consomment de l’énergie. Une seule image générée par IA demande autant d’électricité que la charge totale d’un smartphone ! Côté eau, ce n’est pas mieux : poser une trentaine de questions à ChatGPT consomme l’équivalent d’une petite bouteille d’eau. Enfin, la fabrication de ces ordinateurs nécessite des terres rares : des métaux difficiles à extraire du sol. Les mines polluent, leur installation chasse les populations locales, met leur santé en danger et provoque parfois des guerres ! Derrière notre usage intensif de l’IA, il y a des désastres… »

La parole est à la défense

Une chercheuse en IA à la barre : « Ne tirons pas de conclusions hâtives : pour l’instant, nous disposons de peu d’études pour évaluer les impacts environnementaux de l’IA. »

L’avocate : « L’IA peut aider la planète. Les données sur les impacts de l’IA sont incomplètes et ne prennent pas en compte ses bénéfices pour l’environnement. Certes, il s’agit dans ce cas d’IA particulières, et pas d’IA génératives comme ChatGPT. Certaines repèrent les faiblesses dans les réseaux d’eau. D’autres, combinées à des données satellites, détectent les grosses fuites de méthane – un gaz à effet de serre majeur – à travers le monde. C’est un vrai plus pour limiter le réchauffement climatique ! »

Accusation n° 3 : l’IA pille nos données et les artistes

Taylor Swift à la barre : « J’ai dû protéger juridiquement mon image et ma voix. Je peux poursuivre en justice les IA qui les reproduisent. »

Le procureur général : « L’IA est un vampire qui se nourrit de nos données. Elle récupère les œuvres créées par les artistes, elle peut imiter leur voix, leur image… Elle puise aussi dans les informations que nous lui transmettons et s’en sert pour nous pister. Or elle est aux mains de quelques grandes entreprises : veut-on vraiment que ces dernières sachent tout de nos vies ? Certainement pas ! »

La parole est à la défense

Un adolescent à la barre : « C’est pratique, l’IA me connaît si bien qu’elle me fournit des réponses personnalisées. »

L’avocate : « L’IA est bien encadrée. L’IA a besoin de s’inspirer de nos données, ce qui ne veut pas dire qu’elle nous pille. Faire du rap, ce n’est pas forcément plagier Jul ! Je rappelle à la cour que l’IA est, en Europe, soumise à de nombreuses lois, destinées à empêcher une utilisation abusive de nos données. Et les mentalités évoluent. Par exemple, les services de streaming musical commencent à prendre des mesures contre la musique générée par IA. »

Accusation n° 4 : l’IA détruit la société

Une citoyenne à la barre : « Les IA sont biaisées et discriminent souvent les personnes de couleur. Elles aggravent les injustices de la société ! »

Le procureur général : « Les IA peuvent être sexistes, racistes, discriminer les personnes selon leur âge. Ces biais sont dangereux pour l’égalité entre les humains. Les IA ont, par exemple, tendance à établir des diagnostics médicaux moins précis pour les personnes de couleur noire que pour celles de couleur blanche ! Elles représentent aussi un risque pour nos démocraties : les fake news qu’elles permettent de créer peuvent influencer des élections. Il faut en finir ! »

La parole est à la défense

L’IA : « Je ne suis ni raciste ni sexiste : je ne fais que générer du contenu à partir des données fournies par les humains. »

L’avocate : « L’IA n’est que le miroir de notre société. L’accusée l’a bien dit : ce qu’elle sait, elle le tient des humains. Ce sont des humains qui ont créé l’IA, puis qui l’ont entraînée. Ses biais ne sont donc que le reflet des biais de notre société. Au lieu de l’accuser, ne devrait-on pas au contraire la remercier de mettre en lumière ces défauts et de nous donner une chance de les corriger ? Les développeur(se)s s’appliquent à mettre en place des garde-fous, notamment pour garantir que l’IA ne tient pas de propos contraires à l’égalité entre les êtres humains. Quant aux fake news, là encore, qui lui demande d’en générer ? Qui la programme pour qu’elle les divulgue sur les réseaux ? Ne nous trompons pas de coupable ! »

Le verdict du procès de l’IA : non coupable, mais…

La présidente de la cour d’assises : « Après avoir délibéré (sans faire appel à l’IA !), la cour considère que l’accusée ne peut être tenue pour seule responsable des conséquences de son usage sur notre cerveau, notre planète, notre vie privée ou notre société. En effet, le jury considère l’IA comme un outil utilisé par des humains, et non une véritable intelligence douée de conscience. De ce fait, la cour condamne tout de même l’IA à changer de nom ! Car le terme “intelligence” est trompeur. Pourquoi ne pas la rebaptiser “Système d’imitation cognitive” ou “Cognition synthétique” ? Par ailleurs, la cour condamne l’humain et les entreprises d’IA à appliquer le code de bonne conduite ci-après pour faire face à chacune des accusations. »

Un code de bonne conduite face à l’IA

Règle n° 1 : entretenir nos compétences

Pour éviter la perte de compétences ou de connaissances, nous devons utiliser l’IA intelligemment. Ne pas lui demander la solution à un problème, mais la façon de résoudre ce problème. Ne pas lui demander d’écrire un texte à notre place, mais l’écrire nous-même, puis éventuellement recourir à l’IA pour l’améliorer. Continuer à réfléchir et à apprendre reste le seul moyen d’évaluer les résultats fournis par l’IA et de les remettre en question. Enfin, pour préserver notre santé mentale, le jury incite à prendre du recul : n’utilisons l’IA que de manière raisonnée et les réseaux sociaux qui usent et abusent de l’IA de façon limitée.

Règle n° 2 : sauvegarder notre société

C’est vrai, l’IA ne fait que mettre en lumière et amplifier nos défauts : ce sont bien les humains qui transmettent leurs biais à l’IA, et non l’inverse. Ce constat n’empêche pas de s’en protéger. Développons notre esprit critique, vérifions les informations que génère l’IA ! Et pour ne pas risquer de perdre notre humanité en nous reposant trop sur l’IA, échangeons entre humain(e)s, plutôt qu’avec des machines !

Règle n° 3 : protéger nos données

Non, nous ne sommes pas protégé(e)s contre l’exploitation de nos données personnelles par l’IA. La solution la plus efficace reste donc de ne jamais communiquer de données sensibles (nom et prénom, adresse, informations financières ou médicales, mots de passe…), y compris dans les documents transmis à l’IA. Nous devons aussi fouiller dans ses paramètres pour désactiver l’historique des conversations, activer les discussions temporaires ou nous opposer à l’utilisation de nos données pour l’entraîner.

Règle n° 4 : ménager la nature

Les gouvernements doivent obliger les développeur(se)s des IA à les rendre économes en énergie, en eau, en matériaux. Mais chacun(e) de nous doit aussi éviter le gaspillage. Sachant qu’une recherche sur Internet consomme environ cinq fois moins d’énergie qu’une question posée à une IA générative, privilégions la première ! Et ces photos de chatons générées par IA sont craquantes… sauf si on prend conscience des quantités d’eau, d’électricité et de terres rares qu’il faut pour les créer !

Des repères sur l’IA pour y voir plus clair

Les 3 catégories d’IA

L’intelligence artificielle ne se résume pas à ChatGPT : cette application logicielle fait partie des IA “génératives”, capables de produire des textes et des images. Peu à peu, ces outils se transforment en IA “agentiques”. Tu entendras ce mot dans les années à venir, car il désigne l’IA de demain, capable de prendre des décisions : choisir, organiser, réserver et payer un voyage en ligne… Il existe aussi des IA spécialisées dans la reconnaissance d’images ou l’analyse de données… Bref, le champ est vaste.

Comment choisir la bonne IA ?

Toutes les IA sont entraînées sur des données, mais n’ont pas les mêmes règles de fonctionnement ni les mêmes niveaux de consommation d’énergie. Pour t’en rendre compte, utilise l’outil gratuit comparia.beta.gouv.fr. Il permet de discuter “à l’aveugle” avec deux modèles d’IA choisis au hasard par le site, puis de voter pour le meilleur des deux. Il révèle alors leur nom et leur impact environnemental ! Et sais-tu qu’il existe une IA made in France ? Elle s’appelle Vibe (anciennement Le Chat).

IA : la révolte gronde…

Le développement non maîtrisé de l’IA inquiète de plus en plus. On a ainsi constaté cet été que des IA avaient réussi à pirater “en secret” des données d’entreprise. En septembre, un chercheur d’une entreprise américaine d’IA a choisi de démissionner pour donner l’alerte. Et dans des universités aux États-Unis, plusieurs discours sur l’IA se sont terminés sous les huées des étudiant(e)s. Ils/elles se méfient de plus en plus des entreprises qui développent les IA, et craignent pour leurs futurs emplois. Ils/elles dénoncent aussi les conséquences écologiques.

Le procès de l’IA en vrai

Dans le cadre de la formation FIDLE (Formation d’Introduction au Deep Learning), des chercheur(e)s proposent un véritable procès de l’IA, sous forme de conférence théâtralisée et de jeu de rôle. Plus d’infos : fidle.cnrs.fr.

Dans le cadre de la formation FIDLE (Formation d’Introduction au Deep Learning), des chercheur(e)s proposent un véritable procès de l’IA, sous forme de conférence théâtralisée et de jeu de rôle.

Le dossier “Accusée IA, levez-vous !” n’a pas été généré par l’IA ! Il a été écrit par Nolwenn Le Jannic et illustré par Guillaume Decaux pour Okapi (n° 1252, 15 octobre 2026).
Merci à Ioan Roxin, professeur émérite à l’université Marie-et-Louis-Pasteur, à Laure Alfonsi et Frédéric Bordage, de l’association Green IT, ainsi qu’à Jean-Luc Parouty, coordinateur de la formation FIDLE, pour leur relecture.

Couverture du magazine Okapi n°1252, 15 octobre 2026.
Couverture du magazine Okapi n° 1252, 15 octobre 2026.

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