Éveillez la curiosité de votre enfant avec le magazine qui lui ressemble !

Auteur jeunesse et journaliste au magazine Astrapi, Rémi Chaurand, cocréateur du podcast « Merci Rémi ! », nous livre quelques secrets de fabrication de ses meilleures blagues.

S’il y en a bien un qui sait faire rire les enfants, c’est lui. Avec son son air de loufoque rigolo, ses petites lunettes rondes et son sourire en coin, il a trouvé la fréquence avec les petits. Depuis 1998, il œuvre au sein du magazine Astrapi.

Rémi Chaurand

Pour Rémi, le rire est un devoir, une exigence. Mais c’est aussi son principal plaisir dans la vie.

Auteur de plusieurs histoires publiées par les plus grandes maisons d’édition, dont Bayard Jeunesse et Milan, il est aussi le créateur, avec Julien Moch, du studio Billy The Cast et du podcast « Merci Rémi ! ». Un rendez-vous audio hebdo où il se paie gentiment la tête des parents. C’est bien simple, le podcast leur est d’ailleurs interdit !

Podcast "Merci Rémi !"

« Les enfants, ils sont sur Terre pour rigoler »

Ça a toujours été votre truc de faire rire les enfants ?

Rémi Chaurand : J’adore rire. Mais je ne sais pas me faire rire moi-même. Le truc qui me fait rire, c’est quand les enfants rigolent. Donc, je fais rigoler les enfants. Il n’y a pas mieux qu’un enfant qui rit. Les enfants sont sur Terre pour rigoler.

Comment vous y prenez-vous pour les faire rire ?

R. C. : Le rire vient du décalage entre ce qu’on attend d’une situation et ce qui advient vraiment. Avec « Merci Rémi !», ce qui est vachement bien, c’est que je suis un adulte dont on décrit beaucoup les méfaits. C’est le décalage provoqué par un monsieur un peu docte, moi, qui arrive avec une barbe blanche et des petites lunettes, mais qui fait « prout ! ».

Dans Astrapi aussi, on amène les situations le plus sérieusement et normalement possible. Quand on travaille avec l’équipe graphique, c’est ce qui compte le plus. Si on propose un « permis de tousser » pendant un spectacle, il faut qu’il fasse le plus vrai possible, comme si c’était la République française qui l’avait délivré. On a aussi fait toute une recette pour des baskets qui rendent invisible : tremper les lacets dans le bicarbonate de soude, des trucs faisables, pendant 24 heures, mettre du dentifrice sur la tranche et puis saupoudrer… Tout est très précis, le rapport texte-images, la description du processus… Mais à la fin, il est écrit : « Attention, ça ne marche que la nuit dans le noir… » Et là, en général, ça les fait rire ! Le rire, c’est sérieux. Parce que lorsqu’on annonce « On va rigoler, ça va être de la rigolade, allez, c’est parti ! » Eh bien, ça marche moins.

Il y a évidemment les blagues autour du « pipi-caca », surtout jusqu’à 10 ans. C’est fou, ça marche à tous les coups – mais bon, je connais beaucoup d’adultes qui en rient encore ; parce que cela symbolise l’interdit. On leur dirait que « lavabo » ou « pare-choc » sont des mots interdits, ils riraient autant à les prononcer ! 

« Je mets en évidence les petits travers des parents. C’est ça qui est drôle »

Comment trouvez-vous les blagues ?

R. C. : Sur mon vélo, dans le train, sous ma douche, j’y pense. La dernière fois par exemple, j’étais en week-end avec des copains et leur fille est descendue plus tôt que ses parents au petit-déjeuner avec une chaussure en moins. Elle m’a alors expliqué qu’elle vit parfois avec une seule chaussure et qu’elle avance à cloche-pied quand il y a des graviers. Je trouve ça super ! J’ai dit à ses parents qu’avec des enfants comme ça, on économise 50 % sur les chaussures ! Ça fait rire les enfants, ça fait rire les parents…

Dans « Merci Rémi ! », c’est surtout le fait de se moquer des parents qui fonctionne…

R. C. : Les parents, on apprend à les respecter en tant qu’adultes : « Dites bonjour au monsieur », « Si tu as un problème, va voir un parent », etc., etc. Mais de temps en temps, on met le doigt sur leurs bêtises. Je mets en évidence leurs petits travers. C’est ça qui est drôle. Tu secoues un peu tout ça, pour qu’ils tombent du piédestal, mais sans se moquer, sans jamais humilier.

J’aime bien quand les enfants me disent : « Mes parents, c’est pas possible, j’en peux plus ! » Je leur dis « retrouve le ticket de caisse puis va le rendre, ton papa ! » Là, l’enfant dit immédiatement « non, en fait, je ne peux pas le rendre, il n’est pas si mal que ça ! »

« Au lieu de se bagarrer, on raconte des blagues et ça règle tout »

Pourquoi faut-il faire rire les enfants ?

R. C. : Rigoler, ça forge, ça unit. Et puis déclencher le rire, c’est formidable. Quand on apprend aux enfants à faire des blagues, c’est un bonheur ! Il n’y a qu’à les voir quand ils en ont « une bonne » à raconter. Et quand ils arrivent à faire rire les copains, c’est un délice absolu.

Vous dites volontiers que le rire est un pouvoir…

R. C. : Oui, car celui qui fait rire est aimé par tout le monde. Au lieu de se bagarrer, on raconte des blagues et ça règle tout. Chez Astrapi, nous sommes aussi fiers de parler d’impesanteur avec Thomas Pesquet, que de raconter des blagues.

Le rire fait-il partie de l’éducation ?

R. C. : Oui, on a ce devoir de leur apprendre à être pointus en matière d’humour. Leur expliquer l’art du jeu de mots, des homophonies, des sonorités complémentaires. Et c’est un vrai devoir que nous avons, en tant que parents et accompagnants.

Propos recueillis par Camille Choteau. Illustrations « Merci Rémi ! » : Laurent Simon