Éveillez la curiosité de votre enfant avec le magazine qui lui ressemble !

Les vacances sont aussi propices à emmener nos enfants au musée. Mais certains peuvent traîner des pieds… Comment donner aux plus jeunes le goût de l’art, sans transformer la visite en corvée ? Trois expertes du musée du Louvre, du Musée en Herbe et du Centre Pompidou-Metz livrent leurs conseils pour nous initier en famille et dans la bonne humeur. 

Visite guidée ou libre, chasse aux couleurs, croquis devant une œuvre… Il existe mille façons de faire découvrir l’art aux enfants sans risquer de les ennuyer. Elsa De Smet, responsable du pôle développement des publics au Centre Pompidou-Metz, Sylvie Girardet, fondatrice du Musée en Herbe, et Séverine Casterman, adjointe à la cheffe du service de la médiation humaine au musée du Louvre, partagent leurs meilleures astuces. Dix conseils à tester dès la prochaine sortie en famille. 

Se renseigner en amont 

Des enfants s'amusent avec des doudous au Centre Pompidou-Metz.
Enfants lors de « visites doudous » devant Daddy, Daddy, une œuvre de Maurizio Cattelan (2008). © Romain Gamba/Centre Pompidou-Metz.

Musée momentanément fermé, changement d’horaires, réservation obligatoire… Pour éviter les déconvenues, mieux vaut consulter le site internet du musée. Pour les familles, il est possible de s’inscrire à des visites guidées. « Tout au long de l’été, nous proposons les “visites doudous” où les visiteurs de 18 mois à 3 ans viennent accompagnés de leur doudou », présente Elsa De Smet, responsable du pôle développement des publics au Centre Pompidou-Metz. À partir de 5 ans, le musée d’art contemporain propose aussi des visites des expositions guidées en famille. « Cela permet de découvrir ensemble sans porter la responsabilité des explications et cela génère souvent des discussions après la visite. »  

Participer à des ateliers 

Sur inscription, les ateliers sont l’occasion de rendre l’art concret en pratiquant. Au Centre Pompidou-Metz, « L’intention du geste », a été imaginé pour les 5-10 ans par l’artiste sud-africaine Attandi Trawalley. « Cela permet aux enfants de travailler sur les motifs, l’impression textile et la linogravure. Ils fabriquent un tampon et repartent avec une feuille ou un tissu imprimé », détaille Elsa De Smet. Elle ajoute : « Le fait que l’espace soit imaginé par l’artiste les introduit à l’art contemporain. L’action de faire, d’utiliser ses mains, change tout. Cela amène les enfants à réfléchir à la façon dont une œuvre d’art est fabriquée. » 

Faire de la visite une aventure 

Au Musée en Herbe, tout est pensé comme une aventure dont l’enfant est le héros. Admirez-les tous, l’exposition consacrée aux Pokémon proposée jusqu’au 6 septembre, ne fait pas exception. « S’ils veulent jouer le jeu, nous leur proposons un scénario et ils peuvent incarner Pikachu. À la fin de la visite, ils présentent leur carnet de découverte et repartent avec un cadeau », s’enthousiasme Sylvie Girardet, fondatrice du Musée en Herbe.

Les parents peuvent aussi imaginer des défis à relever. Séverine Casterman, adjointe à la cheffe du service de la médiation humaine au musée du Louvre, propose d’organiser une chasse aux couleurs. « Très populaire sur les réseaux sociaux, cela consiste à chercher le bleu ou le rouge pour prendre en photo plein de détails d’œuvres de cette couleur. Sur le même principe, on peut photographier les plus belles fleurs du Louvre. C’est ludique et l’enfant est fier de ramener des souvenirs ! » 

Photo exposition sur les Pokémon.
Au Musée en Herbe, l’exposition-hommage aux Pokémon Admirez-les tous. © Musée en Herbe.

S’émerveiller devant l’architecture 

Les musées étant souvent des lieux hors du commun, c’est l’occasion de s’initier à la richesse du patrimoine. « Nous proposons un livret jeune public sur l’architecture du Centre Pompidou-Metz qui est un objet très particulier. Il est possible de visiter gratuitement le bâtiment, avec son jardin de sculptures et la toiture avec sa charpente en bois qui ressemble à des Kapla géants », précise Elsa De Smet.

Le Louvre se prête particulièrement à cet émerveillement. Séverine Casterman le constate : dès la sortie du métro, les enfants sont marqués par le gigantisme du musée. « Nous avons la chance d’avoir cette icône de Paris qu’est la Pyramide du Louvre. Il ne faut pas hésiter à aller de la Cour carrée jusqu’à la Pyramide, en empruntant le parcours qu’avait fait Emmanuel Macron lors de son investiture. Quand on regarde vers le jardin des Tuileries et qu’on voit au loin les Champs-Élysées, on a cette sensation de grandeur. On peut aussi s’amuser à chercher les petites pyramides sur les côtés, les enfants adorent ! » 

Se laisser guider par les passions de l’enfant 

Plutôt que d’imposer nos centres d’intérêt, laissons les petits visiteurs suggérer ce qui leur plaît. Comme l’observe Séverine Casterman, « souvent, quand ils viennent au Louvre, ils veulent voir l’Égypte ! Nous avons aussi des icônes que les enfants ont vues à l’école, dans des publicités ou des dessins animés : La Joconde, la Vénus de Milo, La Victoire de Samothrace. Il y a aussi les grands tableaux, comme Le Sacre de Napoléon. »

La pop culture est aussi un terrain fertile pour faire grandir la sensibilité artistique. Au Musée en Herbe, les fans de Pokémon découvrent les œuvres d’artistes contemporains inspirées de leurs créatures préférées. Jeff Koons, Daniel Arsham ou encore Takashi Murakami sont présentés dans la dernière salle. « Quand les enfants font un puzzle devant une œuvre de Speedy Graphito, ils s’en souviennent », assure Sylvie Girardet. 

Un enfant et un adulte regardent des tableaux.
Dans l’exposition Admirez-les tous, au musée en Herbe jusqu’au 6 septembre 2026. © Musée en Herbe.

Ne pas s’éterniser au musée 

« Aujourd’hui, le musée est un peu une expérience, on peut y passer la journée comme on le ferait dans un parc d’attractions. Entre les expositions, le café, la visite du jardin, on alterne les moments de flânerie et les moments d’apprentissage. Mais parfois, il faut se donner la liberté de ne pas y passer trop de temps », assure Elsa De Smet. Pour Séverine Casterman, la durée idéale est de deux heures. « Le Louvre est grand, on marche énormément, physiquement ce n’est pas rien. Il y a aussi beaucoup de consignes : il ne faut pas toucher les œuvres ou courir dans les galeries. Au bout de deux heures, l’enfant a besoin d’une pause, comme un goûter aux Tuileries ou dans un café sympa à côté. »  

Opter pour un musée adapté 

Avant la visite, mieux vaut s’assurer que le lieu est bien adapté aux enfants. Notez que de nombreux musées n’acceptent pas les poussettes. « Nous proposons un accueil bienveillant avec des médiateurs qui s’adressent aux enfants, des scénarios ludiques et des livrets jeux distribués en fonction de l’âge. Le but est de rendre les enfants les plus autonomes possibles et acteurs de leur visite », assure Sylvie Girardet, du Musée en Herbe. Au Louvre, un lieu est pensé pour que les familles puissent faire une pause bien méritée : le Studio. Dans cet espace à part, des ateliers créatifs gratuits sont proposés, notamment autour du thème du dessin. 

Une petite fille regarde un guide de visite.
Enfant consultant le guide de visite jeune public du Centre Pompidou-Metz. © Romain Gamba/Centre Pompidou-Metz.

Laisser la théorie à la maison 

Séverine Casterman est formelle : « mieux vaut éviter de transformer la visite en cours magistral. » S’il ne faut pas hésiter à aider l’enfant à lire les cartels et autres panneaux explicatifs, elle encourage à profiter du rapport direct à l’œuvre. « Pour aborder les choses, on s’adresse d’abord à la sensibilité. L’artiste cherche à délivrer un message, une émotion, une sensation et questionner, cela fonctionne très bien avec les enfants. Devant Le Sacre de Napoléon, ils commentent : “Il se la pète” ou “On voit qu’il veut être le chef”. Partir de ce qu’on regarde permet de faire tomber les barrières symboliques. »  

Dessiner au musée 

« Dans tous les musées, on a le droit de dessiner », rappelle Séverine Casterman. Les enfants comme les parents peuvent donc s’équiper d’un carnet et d’un crayon pour jouer les artistes. « On peut s’essayer à faire un petit croquis. Dans une société où tout va vite, cela aide à poser leur regard. Quand ils sont assis face à un tableau avec leur crayon, les enfants ont cette capacité à se plonger dans une œuvre. » Là encore, on peut improviser des petits jeux, comme dessiner chacun de notre côté un détail et mettre au défi l’autre de le retrouver ou imaginer la partie manquante d’une sculpture.  

Faire confiance à l’intuition des enfants  

Séverine Casterman délivre un conseil aux parents : « Faites confiance aux enfants ! Jusqu’à l’adolescence, ils ont une facilité à aller dans l’art et l’imaginaire et ont souvent moins de barrières que nous à aller au musée. » Elsa De Smet, du Centre Pompidou-Metz, ne dit pas autre chose. « L’art contemporain, c’est ce que Jacques Rancière appelait le partage du sensible. Ce qui marche, c’est d’être immergé dans des couleurs, dans des formes et de se laisser la possibilité de les traverser. Il y a ce malentendu autour de l’art contemporain, parce qu’on a l’impression que dans un musée on doit comprendre quelque chose. Mais il n’y a pas besoin de connaître la Bible ou l’Odyssée, il faut se laisser aller. »  

Des enfants à l'exposition Pokémon.
L’exposition Admirez-les tous. © Musée en Herbe.
Des enfants assis face à un faux éléphant recouvert d'un drap.
Enfants autour de l’œuvre Not Afraid of Love de Maurizio Cattelan (2000). © Romain Gamba/Centre Pompidou-Metz.

Initier son enfant à l’art : un Musée des enfants à Lille

Depuis mai 2026, le Palais des Beaux-Arts de Lille accueille son tout premier Musée des enfants. Pensé pour les 6-10 ans, l’espace propose une exposition présentée à hauteur d’enfant avec une médiation sensible et polysensorielle. Pour sa première édition, intitulée Grandeur Nature, le musée invite nos jeunes à partir à la découverte du vivant et à réfléchir à la place de l’humain dans la nature. Reportage avec des enfants plus que convaincus !

Texte : Hélène Guinhut Boncœur. Reportage vidéo : Hortense Lonjon. Photos : Adobe Stock, le Musée en Herbe, Romain Gamba pour le Centre Pompidou-Metz.