Apaiser, rassurer, renforcer le lien… Les câlins jouent un rôle essentiel dans le développement des bébés dès la naissance. Que se passe-t-il vraiment quand on serre son tout-petit dans ses bras ? Le magazine Popi et la psychologue Régine Prat nous rappellent l’importance et les bienfaits de ces gestes si tendres.
Fête des Papas, fête des Mamans… En mai-juin, c’est notre fête à nous, les parents ! Et quoi de plus beau, comme cadeau, qu’un gros câlin qui fait du bien ? Dans Popi, on célèbre ce geste tout simple qui vient recharger nos batteries comme celles de nos petits ; ce moment si doux qu’il est capable, en quelques secondes, de nous faire oublier la fatigue, la colère ou le découragement. Le câlin n’est pas un gadget : il est un vrai carburant. Pour nous, comme pour nos enfants. Alors, profitons-en !
Gwénaëlle Boulet, rédactrice en chef
Notre experte : Régine Prat est psychanalyste et psychologue. Pendant vingt-cinq ans, elle a reçu des patients âgés de 18 mois environ – avec leurs parents !
Ses observations et ses recherches l’ont amenée à se pencher sur le rôle du toucher tout au long de la vie.
Le toucher, premier sens du bébé dans le ventre maternel
Le toucher est le premier sens à se développer, dès la vie in utero, suivi par le goût et l’odorat. Dans le ventre maternel, le fœtus, enveloppé en permanence, perçoit la pulsation cardiaque de sa mère. À la naissance, cette pression chaude et rythmée disparaît brusquement, et le nouveau-né n’est plus contenu.

Le contact peau à peau, juste après l’accouchement, compense cette perte. À ce moment-là, on remarque que le bébé reproduit les mouvements caressants de sa mère avec ses petites mains. La mémoire profonde de ce premier câlin va imprégner tous les suivants.
Les effets des câlins sur les hormones et le bien-être de bébé
L’apaisement ressenti lors d’un câlin a une explication scientifique : nos hormones se rééquilibrent. L’ocytocine – hormone du lien – augmente, tandis que le cortisol – hormone du stress – et la testostérone diminuent. Résultat : on se sent proches, rassurés, en harmonie dans une même pulsation. Souvent, les adultes accompagnent le câlin d’un léger bercement qui renforce ce rythme partagé.

Ce toucher affectueux a un pouvoir réel : il peut réduire la douleur et favoriser le développement physique. Chez les prématurés, le peau à peau contribue même à la prise de poids !
Un câlin, ça se partage… et ça se choisit
On peut écouter sans être écouté, voir sans être vu, mais toucher implique toujours d’être touché : un câlin engage deux personnes ! C’est une rencontre tactile, consentie et sans ambiguïté. « Dès qu’il y a contrainte, ce n’est plus un câlin », rappelle Régine Prat.

La voisine qui réclame un câlin, si l’enfant n’a pas envie, c’est non ! Et cela vaut aussi pour nous, parents : inutile d’interrompre un jeu pour imposer un câlin ou de l’embrasser par surprise en arrivant à la crèche. Le câlin nécessite de la disponibilité.
Comment les câlins aident-ils à apaiser un bébé ?
Parfois, c’est la crise : l’enfant trépigne, gesticule, tout part dans tous les sens ! Dans ces moments-là, nos explications rationnelles ont peu d’effet, et s’énerver ne sert à rien. Et si on tentait le câlin ? Même si on a parfois envie de tout envoyer valser, parions sur le fait que ce câlin va nous faire du bien à nous aussi.

Prenons d’abord le soin de renouer le lien en reconnaissant son émotion : « Tu es très en colère, je le vois… As-tu envie d’un câlin ? » Le câlin de réconciliation permet d’apaiser l’enfant en l’aidant à réguler ses émotions intenses. C’est aussi une façon de dire, sans mots : « On n’est pas fâchés pour toujours, on a le droit de ne pas être d’accord ou de se disputer, mais je suis là pour toi, et on s’aime. »
Être à l’écoute : une autre façon de renforcer le lien avec bébé
Durant ses années de pratique, Régine Prat n’a presque jamais touché un tout-petit ! Elle les observe avec une attention profonde. Pour elle, être vraiment en contact, c’est « être attentif, s’intéresser, regarder, être curieux de l’autre, extrêmement présent ». Ce toucher émotionnel ne nécessite ni geste ni action : « Il est aux antipodes de notre société, qui est toujours dans l’action et le faire. »

Même si ce n’est pas facile, essayons chaque jour, ne serait-ce que quelques minutes, d’être totalement à l’écoute de nos enfants. Ça aussi, c’est un vrai câlin !
« À la naissance de ma fille, j’ai eu très peur de la prendre dans mes bras »
La magie du câlin avec un tout-petit ? Deux parents témoignent dans le magazine Popi
« À la maternité, on m’a expliqué l’importance du toucher et du peau à peau. Une amie m’a aussi recommandé l’écharpe de portage, pour accentuer la proximité physique. Le câlin, c’est instinctif, il protège, rassure, et transmet une émotion. Il fait du bien à tout le monde, enfant comme adulte. On sent sa respiration, ses mouvements, ses caresses. Ce qui est difficile, c’est quand le câlin ne suffit pas à calmer, on se sent démuni. » Audrey, maman de Luisa, 6 mois.


« Ma famille n’était pas très tactile, et je suis plutôt introverti. À la naissance de ma fille, j’ai eu très peur de la prendre dans mes bras, de mal la tenir. Les puéricultrices m’ont rassuré, et c’est devenu le début d’une belle histoire d’amour et de câlins. Un câlin n’est jamais calculé, c’est une sorte de réaction primaire. C’est la paix. Cela nous fait du bien à tous les deux. » Matthieu, papa d’Iris, 20 mois.
“La magie des câlins”, article extrait du supplément pour les parents du magazine Popi n° 478, juin 2026. Texte et recueil des témoignages : Anne Bideault. Illustrations : Noëlle Fages Letzelter.
