Consommation de sucre : faut-il bannir les aliments industriels pour nos enfants ?
Publié le 12/02/2026
Le 12 février, une proposition de loi baptisée « Pour une génération sans sucre » est examinée à l’Assemblée nationale. Une initiative qui illustre l’inquiétude autour des aliments ultratransformés.
Biscuits, boissons, bonbons, plats préparés… Nos enfants mangent-ils trop sucré ? Pour la députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi, la situation est inquiétante. « C’est une priorité, car même si les médecins ne parlent pas d’addiction au sucre, on constate une habituation : plus on commence tôt à manger du sucre, plus on s’habitue », explique l’élue, à l’origine de la proposition de loi « Pour une génération sans sucre ». Adopté à l’unanimité par la commission des affaires sociales le 3 février et présenté à l’Assemblée nationale en première lecture le jeudi 12 février, son texte porte trois propositions : définir clairement les aliments ultratransformés, encadrer la publicité et le marketing des produits sucrés visant les mineurs et interdire les sucres ajoutésdans les préparations destinées aux nourrissons.
Le « piège » du sucre ajouté
La situation est-elle à ce point alarmante ? Pour le docteur Réginald Allouche, médecin nutritionniste, « il n’y a pas une volonté farouche de nous empoisonner, mais le problème, c’est que quand on prend du sucre, cela déclenche la sécrétion d’une hormone que le cerveau adore : c’est la dopamine ». Additif industriel qui présente la double qualité d’être un exhausteur de goût et un conservateur, le sucre est pour lui un « piège ». « Nous naissons avec un point de référence au sucre. Aujourd’hui, le sucre est partout, alors il faut faire attention à ne pas modifier ce référentiel de base pour un goût légèrement sucré. »
S’adresser aux industriels plutôt qu’aux parents
Plutôt que de renvoyer la responsabilité aux parents, la proposition de loi cible les industriels du secteur agro-alimentaire. Dans une enquête menée sur 228 aliments et boissons destinés aux enfants, l’association de consommateurs Foodwatch avait, dès 2023, dénoncé les tactiques marketing utilisées pour s’adresser aux plus jeunes. Pour Sabrina Sebaihi, la publicité, mais aussi la composition des produits, doivent être repensées. « Si le secteur agro-alimentaire ne veut pas que leurs aliments soient considérés comme ultratransformés, ça les oblige à revoir leurs recettes. Prenons l’exemple de Chocapic : quand ils ont su que leur Nutri-Score allait être dégradé, ils ont baissé la quantité de sucre et augmenté les fibres », constate la députée. Sa proposition de loi vise aussi les gâteaux, les laits parfumés et les compotes avec des sucres ajoutés destinés aux tout-petits. « Ça ne sert qu’à une chose : habituer le palais des bébés au goût du sucre dès 6 mois », tranche-t-elle.
Sucre : La règle des 10 %
En tant que parents, difficile de bannir complètement les aliments plaisir qui séduisent nos enfants. Auteur de Sucre : l’ennemi public n°1 (éd. Albin Michel), le Dr Réginald Allouche édicte une règle simple : « Ce n’est pas l’emballage qui fait la qualité ! » Soucieux de porter un discours pragmatique, il poursuit :
💡« Il faut choisir des produits avec le moins de sucres ajoutés. Pour cela, il faut regarder la ligne “glucides, dont sucres” sur l’étiquette. La mention “dont sucres” désigne les sucres ajoutés : je milite pour que ça ne dépasse pas 10 % de l’ensemble. »
Afin d’éviter de tomber dans un contrôle permanent, le médecin insiste aussi sur un point : « Rappelons qu’un enfant n’est pas au régime, c’est une petite chaudière qui brûle tout, il est en croissance et a besoin de manger plus que ce dont il a besoin. » S’il est convaincu que la voie législative est nécessaire pour encadrer le secteur alimentaire et protéger les enfants, il plaide aussi pour que les parents s’emparent des questions de nutrition, qui font partie de l’éducation. Une éducation qui peut se faire dans les rayons des supermarchés, mais surtout dans la cuisine autour dela préparation d’un gâteauen famille.