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Ce dimanche 12 avril, à Paris, plus de 55 000 adultes seront sur la ligne de départ du marathon de Paris. Et puisque le running n’a jamais été aussi populaire, les enfants auront aussi leur course samedi. Pour combattre le manque de motivation et éviter l’entraînement trop intensif, petit guide pour accompagner les plus jeunes vers la course à pied.

En février dernier, un rapport de l’Éducation nationale a dévoilé des données inquiétantes : la moitié des élèves de 6e sont incapables de courir plus de 5 minutes et presque deux sur dix s’arrêtent avant 3 minutes de course. Pour aboutir à ce constat, 260 000 élèves ont passé des tests d’aptitudes physiques en septembre 2025. Pédiatre et médecin du sport, le Dr Lucas Jeusset n’est pas surpris. « Beaucoup d’enfants me consultent pour des difficultés à l’effort liées à un manque de pratique sportive et à la sédentarité. Il y a le phénomène des écrans, bien sûr, mais les modes de vie sont aussi en cause. Certains patients se lèvent à 6 h pour aller au collège et rentrent chez eux à 19 h : avec ce rythme, je mets au défi qui que ce soit de faire du sport ! »

Le boom des courses pour enfants

Pourtant, le running n’a jamais été aussi populaire. Preuve en est, de plus en plus de courses pour adultes se déclinent avec un format réservé aux juniors. Ce samedi 11 avril, la veille du marathon de Paris, les 5-12 ans sont invités à courir le « Marathoon’s », un événement gratuit et ludique. De 400 mètres de distance pour les 5-6 ans à 1 600 mètres pour les 11-12 ans, le parcours n’est pas chronométré pour laisser toute sa place au plaisir. Défi mythique pour les trailers, l’UTMB du Mont-Blanc propose aussi un « mini UTMB », dès l’âge de trois ans. 

Adrien Tarenne, en charge du développement du running à la Fédération française d’athlétisme, constate avec enthousiasme l’essor de ces courses. « C’est la conséquence de la massification du running chez les adultes, avec des enfants qui veulent imiter leurs parents et des parents qui sont moteurs de la pratique chez leurs enfants. » Pour que ces évènements sportifs soient spécifiquement adaptés aux plus jeunes, la fédération fait plusieurs recommandations. Des rencontres collectives, avec des circuits plutôt que des départs en ligne, et sans classement individuel ni chronomètre, sont encouragées.

Course à pied : comment adapter la pratique aux enfants ? Photo : Vincent Gire.

Pratique du running : montrer l’exemple pour motiver

Mais comment motiver un enfant qui n’a pas envie d’enchaîner les foulées ? « La meilleure façon, c’est de bouger soi-même ! », répond le Dr Lucas Jeusset, praticien au Centre hospitalier de Laval (Mayenne). « Si les parents ont tendance à moins bouger et à être greffés à leur téléphone, ça ne marchera pas. Dans le programme que je propose pour la prise en charge de l’obésité, la première séance que l’on fait est une séance de sport avec les parents. »

🏃🔥Pour le pédiatre, les éditions junior des courses pour adultes sont l’occasion de transformer le défi sportif en week-end familial.

Et cela permet aussi aux parents d’inclure l’enfant dans leurs entraînements. Dans la phase de préparation, il s’agit toutefois d’adapter sa pratique. « Les séances faites avec l’enfant doivent être coconstruites. Il faut être à l’écoute et s’interroger : est-ce qu’il a envie ou est-ce que c’est moi qui le pousse ? Il faut aussi être capable de revoir ses plans : un enfant peut vouloir faire 10 kilomètres et finalement en avoir marre au bout de 2 kilomètres », détaille le pédiatre. Et si un ado a décidé que la course n’était vraiment pas pour lui, il peut aussi accompagner ses parents en faisant le parcours en marchant et en écoutant de la musique. « On a le droit de ne pas être sportif, mais on n’a pas le droit de ne pas être actif », tranche le médecin.

Athlétisme : adapter l’effort à l’âge

Le Dr Lucas Jeusset est catégorique : nos enfants sont des athlètes de haut niveau ! « Avant la puberté, les jeunes enfants ont un potentiel d’endurance proche de celui des sportifs de haut niveau. Ils ont vraiment une musculature tournée vers l’endurance pure, ils sont capables de répéter des efforts car ils récupèrent très rapidement. Ils ont en revanche des difficultés à tenir cet effort, car ils vont se lasser. Il faut donc proposer de la variété ! »

Il n’est pas non plus question de brûler leur moteur si puissant. Pour guider les pratiques en club et dans le cadre scolaire, la Fédération française d’athlétisme a des valeurs de référence. « Chez les 5-6 ans, on recommande 3 à 6 minutes d’effort continu avec des répétitions deux à trois fois et un temps de repos qui correspond à la moitié du temps d’effort, soit 2 à 3 minutes. Selon la même logique, chez les 7-9 ans, c’est 6 à 12 minutes d’effort continu, à répéter deux ou trois fois et 3 à 6 minutes de récupération. Puis 12 à 15 minutes d’effort continu pour les 10-11 ans », détaille Adrien Tarenne.

Course à pied : attention aux blessures

Dans son cabinet, le Dr Lucas Jeusset reçoit aussi des jeunes sportifs de haut niveau confrontés à des exigences de plus en plus importantes. « On définit classiquement une pratique sportive comme intensive quand on dépasse les 8-10 heures de sport par semaine chez un enfant prépubère. Ça ne veut pas dire que cette pratique est contre-indiquée, mais elle nécessite une surveillance médicale plus rigoureuse. » Même en loisir, les douleurs, en particulier lors du pic de croissance, ne doivent pas être ignorées.

« L’enfant n’a pas un squelette fixe, son squelette doit avoir deux fonctions : bouger et grandir », explique le praticien. Des douleurs aux articulations, comme les genoux ou les talons, peuvent être un signe d’ostéochondrose, une pathologie liée à une contrainte trop importante au niveau du cartilage. « Dans ce cas, le réflexe est souvent d’arrêter l’activité sportive, mais il faut parfois diminuer le volume d’activité ou changer de discipline pendant un temps pour laisser le cartilage se reposer. » Les douleurs de croissance, sans gravité, peuvent aussi se manifester chez les pré-adolescents. Aux parents qui en douteraient encore, le pédiatre le répète : s’il peut y avoir des risques liés à l’activité sportive chez l’enfant, c’est surtout la sédentarité qui est mauvaise pour la santé.

Hélène Guinhut Boncœur. Photos : Vincent Gire.