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L’humoriste, créatrice du podcast « Petit Vulgaire » et du spectacle « Pourquoi Pourquoi ? » n’avait pas prévu de faire rire autant d’enfants. Et pourtant… Ils sont des millions à écouter ses blagues et ses « trucs » qu’elle vulgarise…

Lors du confinement, alors qu’elle était privée de spectacles, Marine Baousson a créé son podcast « Vulgaire », avec l’idée de vulgariser des sujets tous azimuts. Les épisodes traitent du métro, du scalpel, des femmes préhistoriques… Et « immédiatement », l’humoriste a eu l’idée de le décliner en version enfant avec « Petit Vulgaire ». Ces podcasts ont connu un succès immédiat – avec aujourd’hui plus de trois millions d’écoutes pour « Petit Vulgaire » – et ont reçu de nombreux prix. Marine Baousson a décidé de les adapter en spectacles. « Petit Vulgaire » est devenu « Pourquoi Pourquoi ? » au Théâtre Michel, qu’elle met en scène avec  Nicolas Vital. Et c’est un régal de voir les enfants participer avec autant de ferveur et de rire aux éclats. (Parole d’expérience)

Pour Marine Baousson, l’humour destiné aux enfants est synonyme de plus de liberté, et permet d’apprendre de nombreuses choses. Elle nous raconte comment elle façonne son podcast et ses spectacles, avec en tête de toujours faire rire ses nombreux fans.

« J’en fais les caisses, mais les enfants aiment recevoir ça »

Qu’est-ce qui, selon vous, fait rire les enfants ?

Marine Baousson : Même si la blague est nulle, je sais qu’elle va plaire aux enfants. Ils vont dire « trop nulle ta blague », mais ils vont quand même rire. J’éprouve plus de liberté à faire des choses pour les enfants, je ne me refuse rien. J’en fais les caisses, mais les enfants aiment recevoir ça. C’est un public plus gentil, plus content. Les enfants ne vont jamais m’écrire pour me dire que je suis grosse et moche. Les enfants peuvent dire,  « c’est naze, il n’ y a pas eu d’épisode sur Harry Potter », mais ça ne va pas plus loin.

Portrait de Marine Baousson © Marina Bourdais

Il y a quand même des choses qu’on ne peut pas dire aux enfants…

M. B. : En réalité, je me fixe les mêmes limites qu’avec les adultes : ne jamais se moquer de quelqu’un de plus faible, ne jamais tomber dans les clichés négatifs ou dévalorisants. Mais j’estime qu’on peut même parler de tragédies en faisant des blagues. Je l’ai fait lors d’un épisode sur la mort, par exemple. Et puis je crois que ce qui marche, c’est en tout cas de se mettre à hauteur d’enfant. Et de ne pas leur parler en tant que sachant. Je leur dis : « Moi, je suis nulle, j’y connais rien, et on va apprendre ensemble, et on va s’amuser de ça. Et on va être gourmands et curieux. »

« Comment on fait les bébés, les prouts, la puberté sont les épisodes les plus écoutés »

Dans votre spectacle, vous abordez la question « comment on fait les bébés » de manière très drôle. Et en tant que parent, on se dit que c’est loin d’être évident…

M. B. : Il y a des gens qui n’aiment pas du tout qu’on parle de ça. Mais c’est une question que les enfants posent souvent et on a fait le choix d’y répondre vraiment. Je ne suis pas sûre que tout soit compris, mais en tout cas tout est expliqué. Dans le podcast, je dis en introduction de « demander à un adulte s’ils ont le droit de l’écouter. » Et dans le spectacle, c’est écrit dans le tract au cas où. J’ai beaucoup travaillé sur ce texte pour savoir comment le raconter, et aussi pour qu’il soit inclusif, pour les enfants conçus par PMA, ou avec un papa ou une maman, ou deux mamans… C’était important pour moi que ces enfants-là ne soient pas oubliés. Et de trouver les bons mots pour ne choquer personne. C’est l’un des épisodes les plus écoutés. Avec la puberté, et les prouts !

Les « prouts », toujours indétrônables dans l’humour des enfants…

M. B. : Moi aussi, ça me fait beaucoup rire. Toujours ! J’ai un petit bébé de trois mois et j’éclate souvent de rire parce qu’il me fait des prouts magnifiques. Ça me fait rire que ce soit le thème d’un de mes trucs les plus écoutés !

« C’est une forme de stand-up pour enfants »

Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont surprise dans la réaction du public enfant au spectacle ?  

M. B. : Au début, c’étaient surtout les parents qui riaient. Les enfants se sont autorisés progressivement à rire. Ce qu’on cherche à faire, c’est une forme de stand-up pour enfants, qu’ils accèdent à l’humour. Et ce qui me surprend, c’est qu’ils connaissent souvent tout par cœur grâce au podcast. Parfois, ils deviennent acteurs, ils ont leurs propres blagues, ils nous racontent des choses hilarantes. Ils prennent les codes des adultes, ils les détournent.

“Pourquoi Pourquoi” au théâtre Michel, spectacle mis en scène par Marine Baousson © Émilie Brouchon
© Émilie Brouchon

Sur la mise en scène, comment avez-vous travaillé pour que ça fonctionne avec le jeune public ?

M. B. : J’ai choisi des comédiens, libres, qui savent improviser, mais qui sont aussi ultra-précis. Je m’attache moins au décor que Nicolas Vital, qui met en scène avec moi, qu’à la manière dont le texte sonne. Quentin [Thiriau] et Perrine [Megret], les comédiens, sont contents de faire du spectacle pour enfants, ils ne le font pas par défaut. Je suis très heureuse de travailler avec eux, je les adore. Pour les enfants, c’est trop marrant de voir des adultes faire n’importe quoi.

Les enfants sont aussi fans de vous…

M. B. : Oui, parfois j’ai l’impression d’être Madonna ! Ils pleurent quand ils me voient, ils font la queue pendant des heures pour avoir une dédicace…

Pourquoi, selon vous, faut-il faire rire les enfants ?

M. B. : Je pense que ça leur apprend le sens critique, ça leur donne un avis, un recul sur les choses. Savoir de quoi on rit, c’est se positionner dans le monde, c’est aussi savoir adopter un autre point de vue sur les choses. Et puis, les endroits où on ne rit pas, ce ne sont pas des endroits où on est libres…

Propos recueillis par Camille Choteau. Photos Marine Baousson : Marina Bourdais.

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