Récompensé par deux César, le documentaire de Vincent Munier, Le Chant des forêts, a été vu par plus d’un million de spectateurs. Okapi, le magazine des collégiens, l’a interrogé sur sa passion pour la nature et sa vocation de photographe animalier et lui a demandé des conseils pour nos ados tentés par ce métier.
Vincent Munier : l’histoire d’une vocation
Comment est née ta vocation de photographe animalier ?
Vincent Munier : Mon père m’a transmis sa passion de la nature. Il était prof et partait souvent en observation. Je le suivais tout le temps. Il a même parfois eu peur qu’à force d’être dehors, j’arrête de travailler à l’école… Puis, à l’adolescence, je me suis lancé des défis : bivouaquer en forêt, faire des affûts afin de me fondre dans le paysage et observer les castors sur la rivière… Je n’étais pas souvent à l’intérieur. Pourtant, je n’osais pas toujours avouer à mes copains que j’étais passionné de photo animalière parce que, pour eux, l’important était d’avoir une Playstation.
Te souviens-tu de ta toute première photo ?
Oui, je devais avoir 12 ans. J’étais seul en forêt, mon père était parti un peu plus loin, et je ne le voyais plus. J’étais sous mon filet de camouflage, à attendre, immobile. Or, quand on guette un animal, on l’entend avant de le voir. C’est la magie du guet. On ressent un mélange assez génial de fascination et d’angoisse. Pour moi, à ce moment-là, un simple chevreuil a surgi, mais c’était grisant.
Quel est ton plus beau souvenir de photographe ?
C’était il y a une dizaine d’années. J’étais tout seul en Arctique, où j’avais déjà fait plusieurs voyages sur les traces des loups sans en apercevoir aucun. Et là, soudain, je me retrouve encerclé par une meute… C’est sans aucun doute l’un des plus beaux moments de ma vie.
Photographe animalier : un engagement pour la nature
Que conseillerais-tu à un(e) ado qui veut faire ce métier ?
Je lui rappellerais qu’il y a plein de façons de s’engager pour la nature. La photo est une piste, mais il y a aussi le dessin, l’écriture, la protection de la faune et la flore… Le plus important est de réaliser des choses concrètes, qui ont du sens pour soi. Prendre le temps de contempler la nature, c’est bien aussi. Parfois, je croise des photographes tellement obsédés par la bonne photo à prendre qu’ils en oublient un peu ce qui entoure leur sujet : l’environnement, l’écologie…

Dans ton film Le Chant des forêts, tu montres comment la passion de la nature se transmet de père en fils. Comment s’est passé le tournage ?
Je n’avais pas vraiment prévu de réaliser un film. Il se trouve que j’avais accumulé beaucoup d’images et j’avais envie de les partager afin de faire évoluer les comportements. Aussi, j’utilise mon histoire personnelle pour encourager les gens à faire plus attention au monde animal, à se reconnecter à la nature. Ce n’est quand même pas normal que la première chose que l’on fasse après le réveil, c’est prendre les transports en commun. Il faut réapprendre à vivre en harmonie avec le vivant.
Tu exerces le métier de tes rêves. Te reste-t-il un rêve à réaliser ?
[À 50 ans], j’en ai déjà réalisé beaucoup, c’est vrai. Mais je n’ai jamais vécu plusieurs années dans un autre pays, par exemple, et je pense que ça me plairait. Vous voyez, on dit que je suis aventurier mais, finalement, je ne suis jamais parti plus de trois mois !

3 choses à savoir sur Vincent Munier
• Même pas peur ! En voyage, ce ne sont pas des bêtes sauvages mais des humains qui lui ont causé ses pires frayeurs, comme lorsqu’il a été fait prisonnier en Chine.
• Le tigre de Sibérie. Il rêve de voir un jour un spécimen de cette espèce très rare, qui n’a presque jamais été filmée.
• Plan B. S’il n’avait pas été photographe, Vincent aurait été paysan, dans les pas de son grand-père berger.
La rencontre : « Faisons plus attention au monde animal », interview de Vincent Munier extraite du magazine Okapi n°1243, 1er mai 2026. Propos recueillis par Coline de Silans. © Photos : Vincent Munier.
