Éveillez la curiosité de votre enfant avec le magazine qui lui ressemble !

En octobre 2025 (Je bouquine n° 500), l’édition 2025-2026 du Concours jeunes écrivains était lancée. Je bouquine, les éditions Bayard Jeunesse et Babelio vous proposaient de lire en exclusivité un extrait du roman de Carina Rozenfeld, Les Mystères de Fondombre. C’était à vous d’imaginer la suite. Vous avez été nombreux à participer à ce concours. Bravo à toutes et à tous !

Voici la liste des gagnantes et des gagnants. Si vous faites partie des lauréates et lauréats, inutile de nous contacter, vous allez recevoir vos cadeaux dans les semaines qui viennent, à l’adresse que vous avez indiquée sur le formulaire de participation. Patience…

Tous les gagnants catégorie “Je joue seul(e)”

1er prix : Justin L. (Revemont – 54).
2e prix : Édouard G. (Los Angeles – États-Unis).
3e prix : Antoine K. (Lyon – 69).

Du 4e au 25e prix (à partir de là, plus de classement. Les noms des gagnants sont rangés par département) : Elvyne T. (Nice – 06) ; Angeline D. d. D. (La Souterraine – 23) ; Émilie R. (Toulouse – 31) ; Gabrielle M. (Toulouse – 31) ; Aurélien D. (Bordeaux – 33) ; Rayane A. B. (Talence – 33) ; Flora B. L. (Montpellier – 34) ; Martin M. (Cormery – 37) ; Clarence G. (Morette – 38) ; Romeo C. (Basse-Goulaine – 44) ; Romane B. (Couëron – 44) ; Lahna C. (Nort-sur-Erdre – 44) ; Adèle D. (Lille – 59) ; Amina S. (Annemasse – 74) ; Léonard Q. (Paris – 75) ; Jeanne M. C. (Paris – 75) ; Gaspard L. (Le Havre – 76) ; Ilias M. (Issy-Les-Moulineaux – 92) ; Myriam B. (Choisy-le-Roi – 94) ; Imane H. (L’Haÿ-les-Roses – 94) ; Yasmine B. F. (Orly – 94) ; Manon P. (Vitry-sur-Seine – 94).

1er prix catégorie “Je joue seul(e)”
La suite du texte, inventée par Justin (Revemont – 54)

Pour l’ordre, aucun problème : la salle était entièrement vide. Quant à dire qu’il s’agissait d’une salle, Gaspard aurait plutôt qualifié cela de long couloir. Si tant est qu’on puisse utiliser ce mot, devant un corridor aux dimensions si imposantes.
Les enfants s’étaient attendus à un salon richement meublé, dans lequel un feu aurait ronflé paresseusement dans l’âtre. Un fauteuil en velours pourpre aurait été disposé face au foyer, et un grand-père souriant, un chocolat chaud à la main, les aurait accueillis, avec dans la bouche toutes les réponses aux questions que ce lieu soulevait dans leurs esprits.
Les enfants se concertèrent du regard. Devant eux, se déroulait le long couloir, tout droit sorti d’un hôpital ultra moderne. Blancheur immaculée. Éclairage éblouissant. Propreté clinique.
Ambre se rendit compte qu’elle retenait son souffle. Ils firent quelques pas, hésitants. Derrière eux, Horace se racla la gorge.
— Les enfants, c’est ici que nos chemins se séparent.
Ambre haussa un sourcil interrogateur.
— Comment ça ? Vous ne nous accompagnez pas ?
D’un revers de main, il défroissa sa chemise impeccablement repassée et remonta son nœud de cravate pourtant parfait.
— Non, je n’en ai pas le droit… À partir de cette limite, l’accès est réservé.
Ce fut au tour de Gaspard de s’étonner :
— Réservé ? Réservé à qui ?
Le chauffeur détourna les yeux sans répondre.
— Au revoir, les enfants. Faites attention…
— Attention ? Mais attention à quoi ?
Le chauffeur avait déjà disparu, les laissant seuls. La porte se referma derrière lui avec un bruit semblable à un coup de tonnerre. Les enfants reprirent leur avancée. Chacun de leurs pas résonnait à leurs oreilles. Trop de bruit, sur trop de silence. Les enfants avaient beau tourner la tête de tous les côtés, il n’y avait rien que du blanc. De part et d’autre, un mur d’une blancheur lisse qui paraissait sans fin. En levant les yeux, ils aperçurent un plafond haut, pâle, monotone, qui se prolongeait à l’infini.
Au bout d’un temps indéfini – quelques minutes ? plusieurs heures ? – apparut une porte. C’était une porte très simple, large, également blanche. Au-dessus d’une poignée chromée, droite, sans fioriture, quelqu’un avait cloué une pancarte métallique. Ambre déchiffra à voix haute les mots écrits en rouge :
Ombres mal assorties… Qu’est-ce que ça veut dire “ombres mal assorties” ?
Gaspard haussa les épaules sans répondre, de plus en plus interloqué.
Il esquissa un geste, comme pour pousser la porte, mais Ambre le retint :
— Attends, regarde, il y en a d’autres…
Ils pressèrent le pas, impatients à présent de comprendre cet endroit. Sur la porte suivante, le même genre d’écriteau. Et ces quelques mots énigmatiques : Ombres déchirées. Ils échangèrent un nouveau regard, entre curiosité et incompréhension. Une à une, ils déchiffrèrent, de plus en plus frénétiquement, les écriteaux qui ornaient chaque porte.
Ombres maladroites, ombres paresseuses, ombres sans cervelle, ombres joueuses… Soudain Gaspard appela d’un cri sa cousine.
— Regarde celle-là !
Ambre se précipita vers lui. Devant eux, se trouvait une nouvelle porte, mais, au contraire des précédentes qui étaient toutes impeccables, celle-ci avait été comme arrachée de ses gonds par une force inconnue. Les enfants se figèrent devant ce spectacle effrayant. La porte était noircie, comme partiellement brûlée. Le panneau indicateur était à l’envers sur le sol. Du bout du pied, Ambre le retourna.
Ombres damnées. Qu’est-ce que cela peut-il bien être ?
— Je ne sais pas, mais on dirait que les ombres en question se sont évadées.
Alors que leurs esprits s’échauffaient, un raclement de gorge rauque les tira de leur transe. Ils se retournèrent d’un même bond. Devant eux, se tenait un très grand vieillard. Ses yeux pétillants étaient d’un bleu myosotis et brillaient d’intelligence. Son visage était strié de rides, mais ses cheveux, coiffés en arrière, étaient d’un noir de jais. L’ensemble dégageait une aura de puissance. Gaspard fit un pas en arrière, impressionné. L’homme les fixa tour à tour, puis sourit.
— Excusez-moi, les enfants, de vous avoir fait peur. Nous nous occuperons de cela plus tard.
Il désigna la porte arrachée d’un air las, puis sourit de nouveau.
— Philibert de Fondombre. Et vous êtes mes petits-enfants, je présume ? Les nouveaux ombreurs ?
Trop interloqués pour répondre, les enfants ne réagirent pas. En face d’eux, le sourire de leur grand-père s’élargit.
— Venez dans mon bureau. J’ai beaucoup de choses à vous dire…

2e prix catégorie “Je joue seul(e)”
La suite du texte, inventée par Édouard (Los Angeles – États-Unis)

La vaste salle aux murs décrépis qui s’offrait à leurs yeux ébahis ressemblait à un étrange temple antique. Deux rangées de colonnes formées de livres empilés soutenaient un plafond où courait un dédale d’engrenages qui tournaient paresseusement leurs rouages de cuivre. Au centre, une machine hors d’âge laissait s’échapper des feuillets qu’elle pressait lentement. Une odeur d’encre et de papier chaud emplissait l’air. Partout, des grains de poussière dansaient dans la lumière du soleil, à travers les hautes fenêtres.
– On dirait… une imprimerie géante, murmura Gaspard.
Ambre recula, troublée. Sous leurs pieds, un souffle profond montait des fondations, régulier, vibrant, semblable à une respiration… à un cœur battant.
À l’autre bout de la salle, Philibert de Fondombre, appuyé sur sa canne, guettait leur réaction. Son visage ridé et sa chevelure blanche trahissaient son âge, mais ses yeux bleus pétillaient de malice.
– Bienvenue, mes enfants. Approchez.
Sa voix, grave et légèrement voilée, semblait venir d’un autre âge. Les cousins s’avancèrent prudemment.
– Vous devez vous demander pourquoi je vous ai fait venir ici, dit-il après un silence.
– Un peu, oui, répondit Gaspard, nerveux.
Un mince sourire passa sur les lèvres du vieil homme.
– Il est temps de vous révéler le secret de notre famille.
Alors, la poussière dorée se mit à tourbillonner. Les enfants, effrayés, se serrèrent l’un contre l’autre. Devant eux, apparut la silhouette lumineuse d’une jeune fille aux longs cheveux. Ses pupilles brillaient d’une lueur presque vivante. Elle s’inclina en une révérence solennelle.
– Je vous présente Aurepina, notre ancêtre, qui vécut au Xe siècle.
Des lettres de poussière apparurent dans l’air, formant
AUREPINA DE FONDOMBRE
puis se réordonnèrent en une inscription :
IN UMBRA DEFENDO OPERA.
– Dans l’ombre, je défends les œuvres, murmura Philibert. Ces mots, notre devise, se confondent avec le nom de notre ancêtre. À une époque où l’on faisait taire les esprits libres, Aurepina sauva au péril de sa vie des manuscrits précieux. C’est depuis lors notre mission. Collecter. Conserver. Diffuser. Nous, les Fondombre, protégeons les mots comme d’autres protègent la lumière, afin que jamais elle ne s’éteigne. Et voici notre trésor.
Il frappa le sol de sa canne, trois coups brefs.
Les murs, qu’Ambre croyait lisses, révélèrent des interstices. Lentement, des pans entiers pivotèrent, découvrant des rayonnages chargés de manuscrits, de papyrus et de carnets d’écolier.
– Tous ces livres… vous les avez sauvés ? murmura-t-elle.
– Oui, Ambre. Certains voulaient les brûler, d’autres les interdire. Tous sont conservés ici, à l’abri des ténèbres.
– Mais pourquoi ne rien nous avoir dit jusqu’à présent ? demanda Gaspard.
Philibert croisa les mains sur sa canne.
– Parce que ce secret est lourd à porter, répondit-il doucement. Nous avons voulu vous en protéger. Mais l’heure est grave. Partout, des tyrans cherchent à faire taire les mots pour endormir les consciences. Le monde se referme, et la parole chancelle. Si nous ne veillons pas, le silence gagnera. Le moment est venu de vous préparer. Vos pères ne peuvent plus lutter seuls, et je suis trop vieux pour partir à l’aventure.
Un souffle parcourut la salle. Sur les rayonnages, les livres frémirent…

3e prix catégorie “Je joue seul(e)”
La suite du texte, inventée par Antoine (Lyon – 69)

Décrire la salle qui s’étendait devant leurs yeux en quelques mots leur eut été impossible. La pièce était envahie d’objets de toute sorte qui semblaient tenir en équilibre sur des tours formées de vieux manuscrits empilés.
Gaspard restait bouche bée sans bouger, à l’exception de ses yeux qui allaient d’un objet à l’autre, d’une découverte à l’autre. Suspendu dans les airs par deux crochets, un crocodile empaillé donnait un aspect menaçant à cette salle. D’un côté, des cornes de licorne jouxtaient des bocaux de toute forme. Gaspard aurait été bien incapable de deviner le contenu de ces fioles. Des squelettes et des fossiles en tout genre s’étalaient sur des étagères bancales. D’un autre côté, des minéraux jonchaient une commode en vieux chêne. Là, une maquette de bateau, comme Gaspard n’en avait jamais vue, se dressait, imposante, sur le manteau d’une cheminée en pierre. Dans ce capharnaüm, le jeune garçon en avait même oublié l’objet de sa visite. Ceci explique qu’il eut un sursaut en découvrant l’homme aussi derrière un bureau en chêne massif.
Ambre, quant à elle, n’avait pu s’empêcher de faire un pas en arrière quand elle avait aperçu le crocodile empaillé suspendu au plafond. Elle se cacha derrière son cousin qui, instinctivement, lui prit la main pour la rassurer. Ambre jetait furtivement des regards inquiets aux nombreux objets de la salle. Ils la terrifiaient. Contrairement à son cousin, elle releva les amas de poussière qui recouvraient les meubles, les toiles d’araignées qui s’étendaient entre ces curieux objets et une montagne de cendres dans la cheminée. Personne n’avait dû faire le ménage dans cette salle depuis bien longtemps.

Les deux cousins furent frappés par le visage de leur grand-père. Ses traits leur étaient si familiers. C’était le portrait craché de leur père tel que chacun l’avait conservé dans sa mémoire. Tous deux avaient perdu leurs parents il y a deux ans dans d’étranges circonstances. Philibert de Fondombre, malgré son âge, avait gardé une allure imposante. Ses cheveux, autrefois bruns, étaient désormais blancs, mais ses yeux avaient conservé le même éclat bleu que dans sa jeunesse. Sans un mot, il désigna aux deux enfants, qui étaient restés figés sur le seuil de la porte, deux sièges en osier. Ambre et Gaspard y prirent place en silence, toujours subjugués par l’homme qui se tenait devant eux.
Philibert de Fondombre brisa le silence en annonçant d’une voix grave.
– J’espère que vous trouverez, votre nouvelle demeure à votre goût.
Les deux enfants acquiescèrent de la tête.
Devant le silence de ses petits-enfants, le grand-père poursuivit :
– Vous devez vous demander d’où viennent toutes ces merveilles ? Je suppose que vos pères, mes fils, ne vous ont rien dit de mes activités. Horace m’a expliqué que vous ignoriez jusqu’à mon existence !
Gaspard, remis de ses émotions, osa balbutier :
– Oui, Monsieur, euh… Grand-père.
Le vieil homme expliqua :
– Lorsque je pouvais encore me déplacer, j’ai parcouru les quatre coins du monde en tant qu’explorateur. Ma curiosité était sans limite. J’ai rapporté des pays les plus exotiques, les plus isolés, des objets, des créatures mystérieuses. Mais mon envie de posséder ces merveilles m’a fait commettre une grave erreur. Vos pères ne me l’ont jamais pardonné…

Couverture du magazine Je bouquine n° 507, mai 2026.
Couverture du magazine Je bouquine n° 507, mai 2026.

Tous les gagnants catégorie “Je joue avec ma classe”

1er prix : classe de 3e, collège Saint-Taurin (Eauze – 32).
2e prix : classe de 3e A, collège Hubert-Curien (Cornimont – 88).
3e prix : classe de 6e 3, collège Jacqueline-Auriol (Villeneuve-Tolosane – 31).

1er prix catégorie “Je joue avec ma classe”
La suite de l’histoire, imaginée par les 3e du collège Saint-Taurin (Eauze – 32)

Le décor qui se déployait devant eux était si magnifique qu’ils en avaient le souffle coupé. Une pièce qui aurait aisément contenu deux étages s’étirait sur douze mètres de long, et on aurait dit que les tapisseries qui couvraient les murs étaient dans la lumière.
Au lieu du marbre froid qu’ils avaient imaginé, les cousins trouvèrent un magnifique parquet ciré, parsemé de rayons multicolores semblables à ceux traversant les vitraux des châteaux de la Renaissance. Une douce chaleur émanait d’une immense cheminée où un grand feu crépitait. Une mélodie s’élevait, comme si les oiseaux s’étaient réunis pour ne former qu’un seul chant. Contrairement au hall froid et silencieux, cette pièce était vivante, accueillante et pleine de la personnalité de celui ou celle qui l’avait décorée.
Soudain, tout s’arrêta, comme si une présence avait dérangé ce lieu enchanteur. Les oiseaux cessèrent brutalement leur chant, les tapisseries se ternirent.
Un nuage passa devant le soleil, masquant les petits losanges colorés.
Tout à coup, une énorme rafale de vent au cœur même du château traversa la pièce. Sous la puissance du vent, l’intensité du feu diminua, puis s’éteignit complètement.
Le courant d’air fit frissonner les cousins. Ils échangèrent un regard inquiet puis se tournèrent vers l’endroit d’où venait le vent. Ils remarquèrent alors un escalier qu’ils n’avaient pas vu auparavant.
Sur le palier, un homme à la stature imposante les observait. Il avait des cheveux blancs, attachés en catogan, comme à l’époque des rois de France, et portait une moustache ivoire.
Son regard bleu perçant scrutait les deux adolescents.
— Tu crois que c’est… murmura Gaspard.
— … notre grand-père ? répondit Ambre dans un souffle.
Un silence pesant s’installa dans la pièce et l’atmosphère devint glaciale.
— Bienvenue à Fondombre ! ricana l’homme dévoilant ainsi de longues canines pointues.
Ambre et Gaspard sursautèrent, tant la puissance de la voix les avait surpris. Leur aïeul continua :
— Vous devez être fatigués par votre long voyage. Horace va vous montrer vos chambres. Prenez ces médaillons. Nous nous reverrons pour le souper.
Sans leur laisser le temps de répondre, l’homme disparut aussi soudainement qu’il était arrivé, laissant derrière lui une brume sombre. Abasourdis, les enfants suivirent le serviteur sans discuter. Ils traversèrent un grand corridor sombre, puis, après avoir grimpé un escalier de marbre, ils arrivèrent devant un petit salon qui donnait sur deux chambres luxueuses, mais sans vie. Horace les laissa en leur interdisant de sortir avant son retour. Alors, les cousins jetèrent leurs sacs dans les chambres contiguës puis se rejoignirent dans le salon.
— C’est trop bizarre ici ! fit Ambre.
— C’est vrai, renchérit Gaspard, on n’a même pas les médaillons dont il a parlé !
— Oh attends, il y a un truc lourd dans ma poche ! s’écria l’adolescente. Elle sortit alors un petit pendentif doré retenu par un mince cordon noir. Dessus, le blason de Fondombre était gravé, entouré d’un signe maléfique. Le garçon fouilla lui aussi dans sa poche et en retira une copie conforme du collier.
— C’est impossible, souffle-t-il, comment sont-ils arrivés là ?

2e prix catégorie “Je joue avec ma classe”
La suite de l’histoire, imaginée par les 3e A du collège Hubert-Curien (Cornimont – 88)

Dès l’instant où ils entrèrent dans la grande pièce, Ambre et Gaspard sentirent aussitôt un froid étrange, comme si l’air lui-même refusait leur présence. La salle qui s’étendait devant eux ne ressemblait pas du tout à ce qu’ils avaient imaginé. Pas de sols brillants, pas de décorations luxueuses ou de lustres allumés. Tout était sombre, silencieux, recouvert de beaucoup de poussière.
– On dirait que personne n’est venu ici depuis des années… murmura Ambre.
Gaspard hocha simplement la tête. Horace marchait devant eux, mais il semblait hésiter, comme s’il connaissait un secret qu’il n’avait pas envie de leur révéler.
À quelques mètres d’eux se trouvait un grand fauteuil près d’une cheminée éteinte. Une silhouette immobile y était installée. Plus ils approchaient, plus le malaise d’Ambre et Gaspard grandissait.
– Horace, dit Ambre d’une voix craintive. Qui est-ce ?
Horace prit une grande inspiration, puis dit :
– C’est votre grand-père…
Ambre et Gaspard se figèrent.
Dans le fauteuil, l’homme ne bougeait pas. Ses vêtements étaient usés, son visage affaibli, comme si le temps avait continué de se manifester sur l’extérieur de son corps. On comprenait immédiatement qu’il était mort depuis longtemps.
– Mais… pourquoi est-il là ? dit Gaspard.
Horace baissa les yeux.
– Et bien… disons que le château l’a un peu obligé à rester.
Un courant d’air glacé traversa soudainement la salle. Les flammes de la cheminée, pourtant éteinte, semblèrent briller quelques instants. Ambre recula d’un pas.
– Vous avez senti ? demanda-t-elle.
Avant que quelqu’un ne réponde, une voix résonna dans la pièce. Une voix qui venait d’on ne sait où, mais qu’ils entendirent tous les trois :
– Partez…
Gaspard se retourna brusquement.
– Qui a dit ça ?!
La voix reprit, encore plus forte :
– Sortez d’ici ! Ce château n’est pas à vous !
Ambre et Gaspard ne bougèrent plus, paniqués.
– C’est lui… dit Horace d’une voix tremblante. Le fantôme de votre grand-père. Il n’accepte pas de visiteurs.
Une silhouette blanche, à peine visible, se forma près du fauteuil, comme une sorte de brume qui prenait forme humaine. Elle avançait vers eux doucement mais sûrement.
– Partez, répéta la voix. Tant qu’il en est encore temps.
Ambre attrapa le bras de Gaspard.
– On doit sortir ! s’exclama Ambre.
Mais les portes derrière eux se refermèrent violemment. Le fantôme s’approchait inexorablement.
– Pourquoi nous chasse-t-il ? cria Gaspard.
– Il protège quelque chose, répondit Horace. Quelque chose qu’il ne veut pas que vous découvriez !
Ambre sentit son cœur battre à toute vitesse.
– Alors on doit rester, dit-elle avec courage. On doit comprendre ce qu’il cache !
Le fantôme recula brusquement comme s’il était repoussé par quelque chose.
Une lumière douce apparut soudainement, éclairant un passage secret derrière la cheminée. Ambre comprit alors que le château voulait leur montrer la vérité. En avançant, ils virent un coffre très ancien. Dès qu’ils l’ouvrirent, le fantôme s’apaisa et disparut d’un seul coup. L’atmosphère était devenue bien plus calme.

3e prix catégorie “Je joue avec ma classe”
La suite de l’histoire, imaginée par les 6e 3 du collège Jacqueline-Auriol (Villeneuve-Tolosane – 31)

Un cataclysme semblait avoir ravagé la pièce, c’était un véritable capharnaüm. D’innombrables objets s’amoncelaient ici et là : des meubles vieillots, des fioles, des bocaux au contenu suspect, et surtout des livres, des livres tellement nombreux qu’on n’aurait pu les lire en toute une vie. Dans l’air flottait une odeur tenace de poussière mais aussi de moisissure et d’ozone, comme si une violente tempête venait tout juste de quitter les lieux ; des lieux qu’elle aurait voulu nettoyer de façon radicale en constatant le peu de soin dont ils avaient fait l’objet.
– Ce sont les Ombres qui ont mis tout sens dessus dessous.
Ambre et Gaspard sursautèrent et se retournèrent aussitôt pour identifier l’auteur de cette remarque.
– Les enfants, je ne vous souhaite pas la bienvenue malheureusement, ajouta Philibert en invitant Ambre et Gaspard à s’asseoir sur des fauteuils au velours usé.
Horace en profita pour se retirer discrètement et ne pas gêner la réunion de famille.
– J’aurais préféré vous recevoir dans d’autres conditions mais les événements se sont précipités et m’ont contraint à vous inviter en cette année d’anniversaire de vos douze ans.
Ambre demeurait surprise de cet accueil mais décelait en effet une immense tristesse derrière le sourire de façade qu’affichait ce grand-père qu’ils rencontraient enfin.
– Bien que vous l’ignoriez, vous êtes détenteurs d’un grand pouvoir qui se réveille à l’adolescence dans la famille des Fondombre. Vous êtes maintenant en mesure de voir et de combattre les Ombres d’Érèbe.
– Érèbe, le dieu de la mythologie grecque ? demanda Gaspard, incrédule.
– Celui-là même, en effet. Ce château est un passage vers les Enfers, et depuis la nuit des temps, notre lignée veille à en garder l’entrée.
Bouche bée, les adolescents commençaient à se demander si ce vieux monsieur à la moustache blanche et au costume élimé n’avait pas perdu la raison à l’approche d’une mort qu’il voyait s’approcher.
– Et le chien Pluton, c’est le dieu des Enfers ! lança Ambre pour plaisanter.
– Non, c’est le petit de Cerbère qu’Ulysse Fondombre a réussi à garder à la surface, répliqua Philibert. Et il vous aidera d’ailleurs à chasser les Ombres maléfiques qui cherchent à envahir la Terre et qui ont déjà fait de notre château un terrain de jeu, comme vous pouvez le constater.
Gaspard comprit que la plaisanterie n’était plus de mise et que toutes les bizarreries entrevues depuis leur arrivée pouvaient confirmer les propos hallucinants de Philibert.
– Mais Grand-père, nous ne sommes pas des héros, juste des adolescents !
– Vous ne serez pas seuls, répondit Philibert avec un sourire empreint de tendresse.
Les murs émirent alors une légère lumière, devinrent flous et laissèrent se matérialiser les tableaux découverts dans le hall d’entrée du château. Les portraits n’étaient plus inertes, ils clignèrent des yeux, s’animèrent puis sortirent finalement de leur cadre, accompagnés par tout le reste du corps de chacun des ancêtres Fondombre.
– Elles reviennent, Philibert, murmura d’une voix sépulcrale l’une des femmes aux yeux azur et à la chevelure noir de jais.

Les Mystères de Fondombre - Carina Rozenfled

Les Mystères de Fondombre, de Carina Rozenfeld

Deux cousins, Ambre et Gaspard, se rencontrent pour la première fois après avoir reçu une invitation de leur grand-père, le mystérieux Philibert, dont ils n’avaient jamais entendu parler. Ils débarquent ensemble dans son château, illuminé la nuit pour chasser les ombres, et découvrent qu’ils ont le pouvoir de plonger dans des mondes fantastiques. Un soir, Philibert se volatilise…

Les Mystères de Fondombre, Disparus dans les ombres, publié aux éditions Bayard Jeunesse, tome 1, 15,90 €). Rendez-vous en librairie le 2 septembre 2026 pour découvrir le tome 2 !