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Protéger nos enfants des violences sexuelles, c’est le combat que mène Anne-Cécile Mailfert. Avec la coalition féministe et enfantiste, la présidente de la Fondation des femmes appelait à manifester partout en France pour l’adoption d’une « loi intégrale ». Rencontre avec une militante mobilisée pour que les enfants soient entendus.

Une « loi intégrale » pour lutter contre des défaillances systémiques

Alors que certains parents ont peur d’inscrire leur enfant au périscolaire en cette rentrée, quel message souhaitez-vous leur adresser ?

Je sais que beaucoup de parents n’ont pas mis leurs enfants dans le périscolaire à la rentrée, et je les comprends. Malheureusement, on le sait, le problème ne vient pas que du périscolaire. Les violences peuvent venir de partout, d’un baby-sitter, du mari d’une assistante maternelle, d’un oncle… C’est pour ça que nous ne pouvons pas être uniquement dans une réaction individuelle. La réaction doit être collective. En tant que parents, nous ne pouvons pas être les seuls garants de la sécurité de nos enfants. Nous devons mener une transformation de la société ensemble, pour protéger les enfants et leur permettre de grandir de manière épanouie et libre.

Le Premier ministre a confirmé que la « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles serait examinée début octobre à l’Assemblée nationale. Peut-on parler d’une victoire des mobilisations menées ces derniers mois ?

Cette loi est vraiment issue d’une demande populaire. Quand fin mai, l’affaire Lyhanna éclate, le gouvernement ne veut pas d’une loi intégrale. C’est parce que chaque lundi, les Françaises et les Français se sont mobilisés partout en France que le gouvernement s’est résolu à admettre que le problème était gravissime. L’affaire Lyhanna a eu lieu après les révélations sur les violences sexuelles dans le périscolaire, après l’affaire Le Scouarnec et bien d’autres. C’est le crime de trop qui révèle au grand jour des défaillances à tous les étages, des défaillances que nous, associations, avons analysées comme étant systémiques. Le problème n’est pas lié à un policier ou un juge : partout en France, les femmes et les enfants victimes de violences sexuelles se prennent le mur de la justice. Des réformes sont nécessaires à tous les niveaux. On ne peut plus se satisfaire d’une mini amélioration ou d’un mot dans le code pénal.

Pourquoi parle-t-on de « loi intégrale » ?

Car cette loi vient résoudre un problème systémique. L’enjeu est sociétal, nous sommes dans une culture où nous n’écoutons pas vraiment les enfants. Ils n’ont pas d’espace pour parler et quand ils parlent, on ne les croit pas. Nous sommes face à un sous-investissement complet, non seulement de l’aide sociale à l’enfance, mais aussi de la police et de la justice, qui sont chargés de les protéger. Nous ne faisons pas ce qu’il faut en matière de prévention et de réparation. La CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) a chiffré à 9 milliards d’euros le coût des violences sexuelles faites aux enfants chaque année. La loi intégrale vise à résoudre intégralement le problème. C’est la seule manière de vraiment avancer et de faire en sorte que la France soit un pays dans lequel il y a moins de violences sexuelles.

La « loi intégrale » : quelles mesures concrètes ? quel budget ?

Quelles sont les principales mesures de cette loi ?

Il y a des choses extrêmement importantes dans cette loi, comme le questionnement systématique des enfants chaque année. L’idée, c’est d’inscrire dans la loi le fait qu’il est essentiel de permettre aux enfants d’avoir un espace avec des personnes de confiance dans lequel ils pourraient révéler des violences. C’est également une transformation en profondeur de la justice, avec la mise en place d’une justice plus spécialisée, avec des juges et des parquets spécialisés. C’est aussi la réparation, avec une prise en charge des soins liés aux psychotraumas.

Enfin, cette loi tire les leçons de #MeToo. Qu’est-ce que #MeToo nous a montré ? Que les violences sexuelles avaient lieu dans tous les milieux, aussi bien au travail, à l’école, à l’église, au théâtre, au cinéma… Cette loi aura donc des dispositions spécifiques sur les violences gynécologiques et obstétricales, les violences dans le milieu du travail, sur l’excision ou le mariage forcé.

La loi sera-t-elle assortie d’un budget de 3 milliards d’euros comme le demandent les associations ?

À ce stade, nous n’avons aucune certitude. Nous voulons que nos impôts servent à protéger nos enfants, mais tout va dépendre de la mobilisation. Est-ce que ce lundi 7 septembre, place Vendôme à Paris et devant les tribunaux partout en France, les Françaises et les Français continueront d’être au rendez-vous pour dire aux responsables politiques que nos vies comptent, que la vie de nos enfants compte ? Ce gouvernement et les gouvernements précédents nous ont apporté la preuve qu’ils ne bougent que quand on leur met la pression. La loi telle qu’elle a été réécrite cet été inclut un article dans lequel les députés font la promesse d’attribuer 3 milliards d’euros par an pendant trois ans au sujet. Si cette promesse était suivie d’effets dans le projet de loi de finances, ce serait une grande victoire.

La prévention, la meilleure arme contre les violences sexuelles

Alors que certains parents ont peur d’inscrire leur enfant au périscolaire en cette rentrée, quel message souhaitez-vous leur adresser ?

Je sais que beaucoup de parents n’ont pas mis leurs enfants dans le périscolaire à la rentrée, et je les comprends. Malheureusement, on le sait, le problème ne vient pas que du périscolaire. Les violences peuvent venir de partout, d’un baby-sitter, du mari, d’une assistante maternelle, d’un oncle… C’est pour ça que nous ne pouvons pas être uniquement dans une réaction individuelle. La réaction doit être collective. En tant que parents, nous ne pouvons pas être les seuls garants de la sécurité de nos enfants. Nous devons mener une transformation de la société ensemble, pour protéger les enfants et leur permettre de grandir de manière épanouie et libre.

Vous dites que la meilleure arme contre les violences sexuelles, c’est la prévention. Comment faire de la prévention auprès de nos enfants ? 

En tant que parent, nous avons un rôle essentiel à jouer. Cela commence par leur donner les outils pour savoir qu’ils ont de la valeur intrinsèquement. Nous devons éduquer nos enfants de manière à ce qu’ils ne soient pas dans l’obéissance absolue à l’adulte. À nous de leur enseigner que leur avis a de l’importance, que leurs sentiments, leurs émotions, leur corps, comptent. Parce que si on leur apprend que les adultes ont tout le temps raison, comment peuvent-ils faire la différence entre une demande saine et une demande maltraitante ? S’il n’a pas été outillé, l’enfant n’est pas en capacité de faire la différence.

Il faut réussir à apprendre aux enfants à écouter les bons conseils des adultes, mais aussi leur apprendre que les adultes n’ont pas le droit de tout faire. Par exemple, il faut dire aux enfants, tout simplement : un adulte n’a jamais le droit de t’embrasser, un adulte n’a jamais le droit de toucher tes parties intimes. Ils apprennent qu’ils ont des droits et qu’il y a des interdictions aussi pour les adultes.

Et si vous avez l’impression que dans l’entourage de vos enfants, il y a une personne – que ce soit dans la famille, à l’école ou dans le voisinage – avec laquelle il y a quelque chose qui vous chatouille dans l’estomac en tant que parent, écoutez-vous. Il vaut mieux un adulte froissé qu’un enfant violé.

Tous les enfants de la grande section de maternelle à la terminale vont recevoir un questionnaire sur les violences sexuelles en novembre. Que pensez-vous de cette annonce ?

J’ai trouvé cette annonce du ministre de l’Éducation nationale un peu précipitée et maladroite. Cela ne me paraît pas être une mesure bien réfléchie. Distribuer un questionnaire écrit à des enfants de moyenne section ou de grande section, qui ne savent ni lire ni écrire, n’est pas adapté. Libérer la parole, c’est bien. Mais on l’a vu avec #MeToo, si ensuite les institutions ne suivent pas, si la police et la brigade des mineurs ne sont pas en capacité d’écouter et d’agir rapidement pour protéger l’enfant, cela peut être catastrophique. On ne peut pas faire un questionnaire sans penser aux conséquences. Parce que si jamais, lorsque les enfants parlent, la réaction n’est pas adaptée, cela peut être gravissime.

Vous appeliez à manifester ce lundi 7 septembre. Alors qu’il est important de sensibiliser les enfants à l’égalité filles-garçon et à la lutte contre les violences, peuvent-ils venir à ce type de rassemblements ?

La coalition féministe et enfantiste cherche à faire en sorte que les enfants soient les bienvenus dans chaque manifestation. Même s’ils ne votent pas, c’est important qu’ils aient une place. Lors de la manifestation du 4 juillet, il y avait un cortège calme, un peu protégé, réservé aux familles. Lors des rassemblements place Vendôme, il y a souvent des enfants et des adolescents qui prennent la parole, pour dire qu’ils souhaitent une société dans laquelle ils sont respectés et dans laquelle l’égalité entre les filles et les garçons est une réalité. Bien sûr, il y a parfois de l’émotion, mais ces manifestations sont extrêmement pacifiques et plutôt joyeuses.

Propos recueillis par Hélène Guinhut Boncœur.

3 livrets Bayard Jeunesse pour parler des violences sexuelles aux enfants et adolescents

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Réalisés avec des médecins et des psychologues spécialisés, les livrets  – à télécharger gratuitement – ont reçu le soutien du Défenseur des droits, et Bayard Jeunesse a reçu le Grand Prix de la responsabilité des médias en juin 2023 et le Prix Impact du Grand Prix des Médias organisé par CB News en septembre 2023.

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