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Pour aider les parents à mieux accompagner leurs enfants dans un monde peuplé d’écrans, Bayard Jeunesse a lancé une grande étude sur la parentalité numérique. Menée avec l’Observatoire Santé PRO BTP et trois universités françaises, Focus est la première étude française à examiner conjointement les peurs parentales liées au numérique et les pratiques réelles des familles, avec comme point de départ le phénomène de « technoférence ». Découvrez les premiers résultats, rendus publics le 22 juin 2026.

Plus large analyse sur le sujet à ce jour en France, l’étude Focus a été réalisée à l’initiative de Bayard Jeunesse et de l’Observatoire Santé PRO BTP pour faire un grand point sur les pratiques numériques dans les familles : celles des enfants, de leurs parents, mais aussi de la place que prend la technoférence dans les relations familiales. Ce terme, qui n’est pas encore entré dans le dictionnaire mais dont on connaît tous les effets, décrit la façon dont les échanges au sein de la famille peuvent être perturbés par l’usage des outils numériques.

L’étude Focus s’inscrit dans une démarche engagée par Bayard Jeunesse pour accompagner la parentalité numérique et sensibiliser toute la famille à un usage responsable des écrans.

Delphine Sauliere

💡« Les parents font de leur mieux dans un quotidien où les contraintes s’accumulent – et ce n’est pas en les culpabilisant qu’on les aide. L’étude Focus va nous permettre de mieux comprendre leur réalité pour leur proposer des solutions concrètes et faciles à mettre en œuvre, comme nous l’avons déjà fait avec le programme Croc’écran. » Delphine Saulière, Directrice éditoriale 360° du pôle Jeunesse de Bayard

4 principales conclusions à retenir de l’étude Focus

Le grand paradoxe : une technoférence au sommet pendant la petite enfance

Le résultat le plus marquant de l’étude concerne la technoférence – ce phénomène par lequel les parents réduisent leur disponibilité cognitive et émotionnelle et appauvrissent la qualité des échanges, en consultant leur téléphone ou en regardant la télévision en présence de leur enfant. L’étude Focus montre que celle-ci est maximale durant la petite enfance : environ 55 % des parents d’enfants de moins de 5 ans présentent un niveau élevé de technoférence. C’est pourtant précisément la période où elle est la plus préjudiciable : de nombreux travaux internationaux établissent un lien entre la technoférence précoce et des compétences langagières, cognitives et sociales plus faibles chez l’enfant.

Pourtant, les parents rapportent des craintes très élevées vis-à-vis des risques du numérique pour leur enfant, et c’est encore plus le cas des parents de jeunes enfants, dont 68 % sont très inquiets des effets du numérique sur le développement, les apprentissages, ou encore le risque perçu de troubles neurodéveloppementaux pour leur enfant. Ce paradoxe central de l’étude révèle un décalage majeur entre ce que les parents redoutent et ce qu’ils font réellement.

Marie Danet.

💡 « Nos résultats montrent que les parents craignent avant tout les écrans de leurs enfants – mais que c’est souvent leur propre usage du numérique, la technoférence, qui constitue le risque le plus réel et le plus méconnu. Ce décalage entre les peurs déclarées et les pratiques effectives est à la fois un point de vigilance et un levier d’action concretpour mieux accompagner les familles. » Marie Danet, enseignante-chercheuse en psychologie du développement à l’Université de Lille et coauteure de l’étude.

Une difficile évaluation des risques réels

Les écrans suscitent de nombreuses inquiétudes chez les parents, mais ces peurs ne reflètent pas toujours les risques réels. Certaines menaces sont parfois surestimées, tandis que d’autres sont sous-estimées. Les principales craintes portent sur l’exposition à des contenus inappropriés (4,18/5), les effets sur le développement de l’enfant (3,92/5), le cyberharcèlement (3,77/5), les troubles du sommeil (3,48/5) ou encore les problèmes de vue (3,38/5) – des risques globalement bien documentés par la science.

En revanche, les parents manifestent des peurs modérément élevées, même pour des risques nettement moins présents, comme la crainte que les écrans interfèrent avec le développement du langage (2,56/5), de la communication (2,76/5), ou des apprentissages scolaires (3,34/5). Quant à la crainte que les écrans provoquent l’autisme, pourtant très relayée dans les médias alors qu’elle est contredite par la science, elle est de loin la plus faible de l’échantillon (1,67/5).

Chez les parents de jeunes enfants, âgés de 0 à 5 ans, les craintes sont particulièrement intenses. Elles atteignent un score moyen de 4/5 avant de s’atténuer légèrement avec l’expérience du quotidien (3,25/5 après 5 ans). À l’inverse, l’inquiétude vis-à-vis des usages concrets de leur propre enfant – temps passé, contenus regardés – augmente régulièrement jusqu’à l’adolescence, dans le contexte de l’accroissement de l’autonomie numérique de l’enfant.

Par la suite, à mesure que l’enfant grandit et gagne en autonomie numérique, les préoccupations parentales évoluent. L’inquiétude vis-à-vis des usages concrets de leur propre enfant – temps passé devant les écrans, contenus regardés – augmente régulièrement jusqu’à l’adolescence. En revanche, les craintes liées au cyberharcèlement et aux contenus semblent diminuer chez l’adolescent, alors que ces risques progressent objectivement avec l’âge.

Un encadrement fort mais encore peu de médiation active

La quasi-totalité des parents (~90 %) exercent un contrôle strict sur les usages numériques de leurs enfants. Celui-ci passe notamment par le contrôle des contenus (4,41/5), le contrôle de l’accès (4,37/5) et par la fixation d’un temps d’écran maximum (4,16/5).

Ce contrôle est maximal autour de 5 ans, puis s’allège progressivement à mesure que l’enfant gagne en autonomie. En revanche, la médiation active, qui consiste à discuter avec son enfant de ce qu’il regarde, répondre à ses questions, partager ses usages, reste peu pratiquée, en particulier pour les plus jeunes. Or, c’est précisément cette approche dialoguée qui est associée à de meilleurs indicateurs de développement des compétences numériques et d’autonomie de l’enfant. Pour les tout-petits, le covisionnage constitue un levier particulièrement important, trop peu valorisé dans les recommandations actuelles.

Des inquiétudes parentales et des pratiques réelles largement déconnectées

On pourrait s’attendre à ce que les parents les plus inquiets soient aussi les plus protecteurs, mais c’est l’inverse qui s’observe : 70 % des parents préoccupés ou très préoccupés par les effets du numérique déclarent utiliser parfois les écrans pour occuper ou calmer leur enfant (contre 55 % des parents qui ne s’en inquiètent pas).

Ces mêmes parents présentent par ailleurs les niveaux de technoférence les plus élevés. Ce résultat contre-intuitif traduit l’ambivalence de nombreuses familles face à un objet perçu à la fois comme une source de risques et comme une réponse pratique aux contraintes du quotidien. Il illustre surtout un manque d’information sur l’impact des comportements numériques des parents eux-mêmes – et désigne la technoférence comme une cible prioritaire pour l’éducation et l’accompagnement parental.

L’engagement de Bayard Jeunesse pour accompagner la parentalité numérique

L’étude Focus s’inscrit dans une démarche engagée par Bayard Jeunesse dès octobre 2024 avec le lancement de Croc’écran – programme ludique et déculpabilisant destiné à sensibiliser toute la famille à la technoférence et à l’aider à retrouver du temps de qualité ensemble.

Croc'écran

Après avoir proposé des outils concrets accessibles à tous ainsi qu’un parcours pédagogique destiné aux enseignants (en partenariat avec l’AGEEM, le CLEMI et le réseau Canopé), Bayard Jeunesse franchit une nouvelle étape pour accompagner les familles en participant à la production de données scientifiques nécessaires à un accompagnement fondé sur les réalités vécues. Les aspects techniques de la collecte de données en ligne ont pu se faire en partenariat avec l’Observatoire Santé PRO BTP.

La méthodologie de l’étude Focus

Conçue et réalisée en collaboration avec trois équipes de chercheurs universitaires – Marie Danet (Université de Lille, PSITEC), Séverine Erhel (LP3C, Rennes 2) et Corentin Gonthier (LPPL, Nantes Université / Institut Universitaire de France) – cette étude est indépendante de tout financement issu de l’industrie numérique. Elle propose une approche inédite, où ce n’est pas simplement le temps total passé devant les écrans qui est mesuré, mais bien la place du numérique au sein de la famille : à quel point les écrans s’invitent dans les interactions entre parents et enfants, et influencent leur qualité.

Sa méthodologie a été approuvée par le comité d’éthique et d’intégrité scientifique de Nantes Université, et l’étude a débuté après plus d’un an de conception. Diffusée d’octobre 2024 à janvier 2026, la première vague de l’étude intègre 980 parents d’enfants âgés de 2 mois à 17 ans et demi. Le dispositif de l’étude est conçu pour permettre un suivi longitudinal des familles à travers le temps : c’est la première fois que la technoférence est examinée de cette façon.

Photo : Mart Production.

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