Activité sportive en plein essor, la randonnée séduit les familles en quête de nature et de déconnexion. Sauf qu’avec un bébé qui ne marche pas encore, un enfant qui a son propre rythme et un ado pas toujours motivé, l’exercice n’est pas forcément aisé. Petit guide pour se lancer.
Pratiquée par 62 % des adultes, la randonnée est l’activité physique et sportive préférée des Français, selon une étude menée en 2025 par la Fédération Française de la Randonnée pédestre. Une activité qui se pratique aussi en famille. Marie Lamoise, mère de 2 enfants de 11 ans et 11 mois et belle-mère de trois plus grands de 24, 21 et 15 ans, a créé le compte Instagram @guidedunemamanausommet « pour montrer que tout est possible avec un enfant. » Sur les réseaux, celle qui n’avait jamais randonné avant d’être maman, partage ses escapades et ses conseils.
« Se fixer un nombre minimum de kilomètres, ça ne veut rien dire »
Si la définition officielle d’une randonnée est un parcours pédestre d’au moins quatre heures, Marie Lamoise voit les choses différemment. « Ma vision de la randonnée, c’est de partir à l’aventure avec ses enfants. Se fixer un nombre minimum de kilomètres, ça ne veut rien dire. »
Une approche moins intimidante qui permet de surmonter ses peurs. Co-fondatrice du site et du festival « Les petits baroudeurs », Céline Lacombe s’est donnée pour mission « d’aider les parents à renouer avec l’émerveillement à la nature. » « Leur crainte, c’est de ne pas choisir le bon itinéraire. De ne pas aller au bout et de générer des frustrations pour tout le monde : l’enfant qui ne veut pas avancer et l’adulte qui ne pourra pas voir tel point de vue. Ça peut rebuter. »

Le point de départ : l’âge des enfants
Pour éviter cet écueil, il est essentiel de s’adapter à l’âge des enfants. « Avec un bébé, la rando ce n’est pas hyper compliqué. Jusqu’à un an, ils sont légers et dorment beaucoup. Les choses se compliquent plus tard. A partir de 18 mois et jusqu’à 3 ans, l’enfant devra être porté, mais il aura aussi envie de marcher, d’observer, de jouer. Les parents doivent garder en tête qu’au moment où ils voudront faire une pause, l’enfant voudra se dégourdir les jambes ! », explique-t-elle.
Ce n’est qu’à partir de 8-12 ans que la Fédération Française de la Randonnée pédestre suggère des sorties plus longues, comprises entre 10 et 15 kilomètres. Pour trouver les bons parcours, des ressources existent : les offices de tourisme bien sûr, mais aussi les guides « Les sentiers d’Emilie » et « Le P’tit Crapahut. »

Transformer la marche en aventure
Proposer de marcher pour marcher est le meilleur moyen de rebuter une petite troupe. Pour Céline Lacombe, « ce qui est très important, c’est de donner un but à la randonnée. Il faut qu’il y ait quelque chose de concret, comme un pique-nique au sommet, la possibilité de tremper ses pieds dans le lac à l’arrivée ou d’observer les marmottes. »
Les centres d’intérêt de chacun constituent aussi une très bonne boussole. Marie Lamoise a constaté à quel point c’était efficace. « Mon beau-fils étant passionné d’histoire, il est facile de choisir des itinéraires avec des châteaux ou des forts militaires. Et pour ma fille qui aime bien les balades où on peut escalader, on opte pour des terrains escarpés, avec des racines ou des rochers ». Bien sûr, pour que l’aventure soit réussie, les parents doivent aussi écouter leurs envies.

Choisir le bon équipement
Alors que la moindre sortie en ville nécessite parfois tout un bazar, comment s’équiper pour une sortie en pleine nature ? Avant toute chose, il faut penser à avoir à manger et à boire en quantité suffisante. Pour le reste, la co-fondatrice des Petits Baroudeurs, qui propose une boutique en ligne, fait quelques recommandations. « Il faut penser à les protéger contre les éléments : le soleil, la pluie, le vent, le froid… Pour les petits, avoir un porte-bébé adapté est essentiel. Avant un an on optera pour un portage physiologique et ensuite l’idéal est d’avoir un porte-bébé de randonnée avec des armatures où l’enfant sera en hauteur, pourra mieux voir et faire de longues siestes. »
Elle insiste aussi sur l’importance des chaussures. Même un bambin aura plus de facilité à aborder des terrains irréguliers s’il évite les semelles lisses et glissantes. Dès 5 ans, les petits auront à cœur d’imiter leurs parents : sac à dos, lampe frontale et mini bâtons de marche constitueront leur premier équipement. Un sifflet porté autour du cou est aussi un accessoire de sécurité. Attention toutefois à ne pas charger leur sac. « Le poids ne doit jamais excéder 10 % du poids de l’enfant. Donc on ne leur fait pas tout de suite porter l’eau », précise Céline Lacombe.

Le bivouac, c’est aussi possible en famille
Sur Instagram, Marie Lamoise partage ses aventures en bivouac avec son bébé. Habitante des Vosges, elle privilégie les micro-aventures et invite les parents à faire leurs premiers bivouacs dans une forêt proche de chez eux ou même à planter leur tente dans le champ d’un agriculteur voisin (après lui avoir demandé l’autorisation). Si elle assure qu’il est beaucoup plus facile d’occuper les enfants à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos foyers envahis par les écrans, la vraie difficulté se situe ailleurs. « Porter les affaires de bivouac est très compliqué, ça demande une bonne condition physique. Chaque personne doit avoir un sac de couchage, un matelas, sans oublier la tente, le réchaud, les vêtements de rechange, la nourriture… »
Lors de son dernier week-end solo avec son enfant, elle portait 27 kg au total, avec son fils en porte-bébé et son sac sur le dos. Pour contourner ce défi logistique, une solution existe : randonner avec un âne. Si cette formule est très populaire pour les courtes balades, il est possible de partir en itinérance avec un compagnon chargé de porter tout le matériel. Les enfants apprécieront la relation complice avec l’animal et les parents seront littéralement allégés.

Le voyage organisé : une alternative sans charge mentale
Tous les parents ne sont pas férus de randonnée ou familiers de certains terrains comme la moyenne et haute montagne. Anticiper la météo, savoir lire une carte, estimer la difficulté d’un itinéraire, dormir en extérieur, sont des compétences qui s’acquièrent avec l’expérience. Plusieurs voyagistes proposent des séjours randonnées clés en main. Chez Terres d’Aventure, l’offre pensée pour les familles s’étoffe. « Les gens qui viennent chez nous veulent s’enlever la charge mentale, notamment les familles monoparentales qui veulent aussi vivre des vacances sans avoir à tout organiser », constate Nicolas Astruc, responsable de l’agence de Nantes.
Le voyagiste propose des aventures avec des marches ludiques, faites de chasses aux trésors, de baignade dans les lacs, d’initiation à la pêche ou d’observation des étoiles. A partir de 6 ans, il recommande la formule avec un « camp de base » où la famille pourra séjourner en pleine nature et faire de courtes randonnées à proximité du campement aménagé. « Vous n’avez que l’expérience sans les désagréments. C’est la même logique qu’un trek au Népal avec des porteurs. Nous gérons la logistique, montons les tentes, portons le matériel pendant que vous faites la randonnée avec votre sac pour la journée. Et quand vous rentrez le soir, vous n’avez plus qu’à faire griller les chamallows et sortir les jeux de société. » Une version grand luxe qui séduira les enfants, même si le bivouac dans le champ du paysan d’à côté peut suffire à les émerveiller.

Texte : Hélène Guinhut Boncoeur. Photos : Adobe Stock.