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En littérature, être en couple n’est pas toujours rose, bien au contraire. La dark romance, qui mêle la violence aux sentiments, explore les zones sombres des relations. Elle met en scène des maltraitances, les relations y sont toxiques, les personnages ambigus, les comportements abusifs et l’absence de consentement caractéristique. Rien à voir avec l’amour ! Ce genre, qui rencontre un grand succès, doit-il être réservé aux plus de 18 ans ? Réponse de Magali Bigey, docteure en sciences du langage, spécialiste de la romance…

Photo de Magali Bigey.
Magali Bigey.

Magali Bigey est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, elle est spécialisée dans la réception des publics et notamment du lectorat de la romance. Elle a répondu aux questions de la rédaction de Je bouquine dans son numéro de mai consacré à la « romance ».

Dark Romance : « des scènes parfois très violentes »

Imaginons que des lectrices de 12, 13 ou 14 ans vous demandent si elles peuvent lire de la dark romance. Quelle serait votre réponse ?

M. B. : Je commencerais par leur demander pourquoi ce genre les attire et si elles savent vraiment ce qu’est la dark romance. Souvent, quand elles sont jeunes, c’est parce que leurs grandes sœurs en lisent ou que des filles plus âgées en parlent sur TikTok (#booktok) et qu’elles ont envie d’essayer. Mais quand elles découvrent le contenu, il n’est pas rare qu’elles changent d’avis. Ces livres comportent parfois des scènes très violentes et je les déconseille aux moins de 15 ans. Il existe des romances plus adaptées, comme Mille baisers pour un garçon, de Tillie Cole.

La dark romance peut aider à repérer les comportements toxiques

Pourquoi la dark romance a-t-elle autant de succès ?

M. B. : Derrière cela, il y a une une façon d’explorer les émotions, même violentes, dans un cadre sûr : celui d’un livre qu’elles peuvent refermer quand elles veulent ! La plupart ne terminent pas un roman qui les met mal à l’aise. Les jeunes filles savent faire preuve de discernement. Elles utilisent ces lectures pour repérer les comportements toxiques dans la vraie vie. Entre lectrices, elles discutent beaucoup des red flags (“drapeaux rouges” qui désignent des attitudes problématiques).

La dark romance est pourtant accusée de romantiser la violence…

M. B. : Ce qui est romantisé, ce sont parfois les relations entre le héros et l’héroïne. Pas la violence, qui est en général décrite pour ce qu’elle est : froide, calculée, traumatisante. Les lectrices n’ont pas du tout envie de trouver un compagnon toxique. Souvent, les adultes se montrent paternalistes avec elles : il faudrait les protéger de lectures qui les mettraient en danger. En revanche, personne ne pense qu’un garçon se met en danger en lisant un thriller violent…

“La dark romance, à éviter ?”, interview de Magali Bigey extraite de l’enquête “Tous fans de romance”, publiée dans le magazine Je bouquine n° 507, mai 2026. Texte : Katia de la Ballina – Illustration (détail) : Faunesque.

Couverture du magazine Je bouquine n° 507, mai 2026.
Couverture du magazine Je bouquine n° 507, mai 2026.

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