Le samedi 30 mai, les associations de défense des droits des enfants appellent à manifester. Dans une actualité marquée par le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire, le cortège parisien espère réunir de nombreux manifestants, y compris des enfants.
« Ça m’a beaucoup marqué, c’était la toute première fois que je participais à une manif ! » Un an après, Gabriel, 10 ans, garde encore en tête la Marche pour l’enfance et la jeunesse de l’année dernière, à laquelle il a participé. Moins connue que les marches pour le climat ou les manifestations féministes du 8 mars, cette mobilisation est née le 1er avril 2024, à l’initiative du COFRADE (Conseil français des associations pour les droits de l’enfant). La date n’avait pas été choisie par hasard, puisqu’elle marquait les deux ans des annonces d’Emmanuel Macron garantissant que la protection de l’enfance serait une priorité de son quinquennat.
Imaginer un monde meilleur pour les plus jeunes
Le mot d’ordre choisi, « Construire », est volontairement large. L’appel à manifester, élaboré par un comité de rédaction composé d’enfants, imagine la construction d’un « monde meilleur ». « Construisons un monde où chaque enfant est aimé, protégé des violences et se sent bien », clame notamment le texte.
Une marche marquée par le scandale dans le périscolaire
Pour l’édition 2025, le cortège avait rendu hommage aux victimes du chirurgien Joël Le Scouarnec, poursuivi pour des violences sexuelles sur plus de 300 enfants. Cette année, l’actualité liée aux violences sexuelles dans le périscolaire sera au cœur des revendications. Parmi les associations présentes, la coalition féministe pour une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles rappellera l’urgence à agir.

Le maire de Paris interpellé
La manifestation parisienne partira de la place de la République à 14 h pour aller vers la place de la Bastille. Initialement, l’organisation avait choisi l’Hôtel de Ville comme destination. « C’était une façon de dire à la municipalité que nous existons », explique Arthur Melon, délégué général du COFRADE. « Ce n’est pas parce que les enfants ne votent pas qu’ils n’habitent pas la ville. Une politique municipale digne de ce nom doit prendre en compte les adultes comme les enfants, d’autant que ces derniers sont vulnérables », clame-t-il.
Si la question des violences sexuelles sera centrale, d’autres enjeux seront également portés par les manifestants. « Des associations vont porter l’attention sur la participation citoyenne des enfants ou sur les droits des mineurs non accompagnés, qui sont accueillis de façon indigne dans notre pays », détaille Arthur Melon.
Les enfants invités à manifester
Pour cette manifestation, tout a été pensé pour que les petits soient mis en avant. L’itinéraire est relativement court (maximum une heure de marche), tous les bénévoles impliqués ont accepté de faire vérifier leurs antécédents judiciaires par le COFRADE et la tête du cortège est un espace réservé aux enfants et à leurs familles.
Pour Arthur Melon, impliquer les mineurs était impératif. « Dans beaucoup de manifestations liées aux droits humains, on voit des adolescents qui revendiquent leurs droits en tant que personne noire, LGBT, en tant que femme… Mais quand on veut inviter les mineurs à revendiquer leurs droits en tant qu’enfant, cela s’avère plus compliqué. L’étiquette d’enfant n’est pas valorisée et ils veulent être considérés comme des grands. L’objectif, c’est qu’ils se sentent fiers d’être des enfants et fiers de leurs droits. »
« Même si c’est votre première manif, il ne faut pas avoir de stress »
Enchanté par sa première expérience, Gabriel encourage tous les jeunes à venir. « Oui, il y a besoin de manifester, car même si la loi interdit de taper des enfants, des adultes le font quand même. On doit leur faire entendre qu’il faut arrêter ! » Et d’ajouter, avec simplicité : « Pourquoi, si vous ne voulez pas qu’on vous fasse du mal, vous faites du mal aux enfants ? On parle de respect. »
Pour tous ceux qui hésiteraient à rejoindre le cortège samedi, le jeune garçon est rassurant : « Même si c’est votre première manif, il ne faut pas avoir de stress. Je la conseille à tous les enfants, à ceux qui ont des difficultés dans leur vie, aussi aux enfants handicapés. » Lors de la première marche, la plus jeune manifestante était âgée d’à peine un mois. Si les fortes chaleurs empêcheront peut-être les bébés de participer, l’appel est lancé pour les plus âgés !
Hélène Guinhut Boncœur. Photos : Cofrade – Maxppp.
À écouter en famille
- Le dossier du podcast « Salut l’info ! » sur les droits des enfants.
Pour en parler et comprendre ce que sont les droits des enfants, l’équipe est allée à la rencontre d’enfants et d’Édouard Durand, juge spécialiste des droits de l’enfance.