Bien qu’il fleurisse sur les réseaux sociaux, le terme d’adultisme n’est pas toujours simple à comprendre. Abus de pouvoir des adultes sur les enfants ? Système de domination lié à l’âge ? Le point pour y voir plus clair et tenter, en tant que parents, de lutter contre nos tendances « adultistes ».
Le mot « adultisme » est absent de la plupart des dictionnaires français. Pourtant, il tend à s’imposer dans les sphères intellectuelles, militantes et sur les réseaux sociaux. Claire Bourdille, autrice du livre Enfantisme et cofondatrice du collectif Enfantiste, en donne une définition simple. « C’est un système d’oppression, et donc de domination des adultes sur les enfants. » Pour Cécile Kovacshazy, enseignante-chercheuse et maîtresse de conférences en littérature comparée, cette définition est « parfaite, mais pas audible, car il existe une asymétrie entre les enfants et les adultes pour de multiples raisons. Donc les personnes non sensibilisées vont trouver cela normal. » Pour insister sur le caractère problématique de l’adultisme, elle préfère le définir ainsi : « C’est l’abus de pouvoir des adultes sur les enfants sous prétexte que ce sont des adultes. »

Un mot apparu dans les années 1970
Venu des États-Unis, ce mot trouve son origine dans le vocabulaire universitaire, dans les domaines de la psychologie et de la philosophie. En France, son apparition est plus récente. Pour Cécile Kovacshazy, le mouvement #MeTooInceste constitue un déclencheur. « Grâce à Vanessa Springora et Camille Kouchner, on a écouté des adultes raconter qu’ils avaient subi des horreurs dans leur enfance. C’est une première étape, car on réalise alors que beaucoup d’enfants ont vécu la même chose. Aujourd’hui, on essaie de passer à la phase suivante : la prise de conscience qu’il faut s’intéresser à l’enfance. » Au même titre que des termes comme grossophobie ou féminicide, la chercheuse est persuadée que ce mot va peu à peu se démocratiser.
Un système adultiste omniprésent
« L’adultisme est vraiment partout, dans les familles et les institutions », constate Claire Bourdille. Alors que beaucoup pourraient ne pas se sentir concernés, elle évoque ce qu’elle appelle « l’adultisme ordinaire ». Considérer un bébé qui pleure comme une nuisance, penser un plan d’urbanisme en excluant les plus jeunes, partir du principe qu’un enfant est un menteur, sont autant d’exemples. Claire Bourdille ajoute : « Quand il s’agit des enfants, on banalise beaucoup ce qu’ils vivent. Par exemple, si un enfant a de la peine parce qu’il s’est disputé avec un ami à l’école, on aura tendance à lui dire : “Ne t’inquiète pas, tu te feras d’autres copains !” Alors que jamais on ne dirait ça à une de nos amies de notre âge. »
L’adultisme est indissociable des violences faites aux enfants
« C’est un système de domination qui ignore le statut d’enfant comme étant un être de droit. Cela revient à ignorer sa parole et son corps, ce qui crée un continuum des violences », détaille Claire Bourdille. Selon la militante, l’exemple le plus flagrant est l’affaire Bétharram. « C’était une école reconnue pour sa discipline et son autorité. Le fait de devoir obéissance a laissé libre cours à la violence pendant des décennies, car il fallait se taire face aux adultes. »
L’enfantisme est une réponse à l’adultisme
Autre terme récent qui s’invite peu à peu dans notre vocabulaire : l’enfantisme. Partant du constat que l’adultisme crée des inégalités entre les adultes et les enfants, l’enfantisme cherche à les réduire. Le 15 novembre dernier, le collectif Enfantiste a organisé des manifestations dans plusieurs villes de France contre les violences faites aux enfants et aux adolescents, gagnant ainsi de la visibilité. Le mouvement, né en 2022, porte plusieurs revendications, comme la création d’un ministère de l’enfance, la mise en application des 82 préconisations de la Ciivise (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences sexuelles faites aux enfants) ou une recentralisation de l’Aide sociale à l’enfance.
La misopédie, un terme plus dur et plus complexe
La misopédie est à l’adultisme ce que la misogynie est au sexisme. Pour le dire plus simplement, « la misopédie, c’est le mépris et la condescendance vis-à-vis des enfants, car ce sont des enfants et qu’ils n’ont pas de valeur », détaille Cécile Kovacshazy. Une définition qui fait écho à la tendance « no kids », où le mépris des enfants permet à des hôtels, des restaurants ou des entreprises de les exclure purement et simplement.
Comment adopter des comportements moins adultistes ?
Si l’adultisme est si présent, comment y échapper ? Claire Bourdille fournit deux pistes de réflexion. La première repose sur l’échange et la communication. « On peut parler à un enfant d’humain à humain et pas de supérieur à inférieur. Demandez-lui ce qu’il pense de telle ou telle situation ou ce qu’il ferait… Lui dire qu’il est trop petit pour comprendre est une forme d’adultisme. »
Dans cet effort de communication, elle ajoute qu’il est aussi important de pouvoir s’excuser auprès des enfants et de reconnaître que l’adulte n’est pas infaillible. Son deuxième conseil repose sur la notion « d’enfant intérieur ». Tous les adultes ont été des enfants, et je pense que c’est important de se rappeler de son enfance pour se reconnecter à ses émotions de l’époque.
Hélène Guinhut Boncœur.
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