Comment devient-on un grand champion ? L’ancien footballeur professionnel, Raphaël Varane, revient sur son adolescence et sa vocation dans cette interview d’Okapi, le magazine Bayard Jeunesse des collégiens et collégiennes. Très engagé auprès des jeunes, il a accepté d’être le rédacteur en chef exceptionnel d’un numéro 100 % foot… à lire avant les premiers matchs de la Coupe du monde 2026.
L‘édito de Raphaël Varane

Ton magazine préféré m’a proposé d’être le rédacteur en chef spécial du numéro 100 % foot du 15 juin, et ça me fait bien plaisir ! Tu pourras y lire une interview où je réponds aux journalistes d’Okapi. J’explique l’importance de m’adresser aux ados de ton âge. Parce que, quand on va au collège, on ne sait pas de quoi la vie sera faite, c’est normal. On se sent parfois mal dans sa peau, on a l’impression que tout devient compliqué… Moi, c’est un âge où j’ai eu des soucis de santé, où je ne savais pas ce que j’allais devenir. J’ai alors eu besoin d’un entourage qui me rassure et m’aide à grandir.
C’est ce que nous cherchons à faire dans les “Stages Varane”, qui accueillent des ados, filles et garçons de tous les niveaux, passionné(e)s de foot. Nous leur transmettons les valeurs essentielles de ce sport : la solidarité, le respect, la bienveillance et l’inclusivité, qui donnent à toutes et tous une chance de s’en sortir. On y fait aussi de la prévention sur le jeu de tête, un geste habituel chez les adultes mais dangereux chez les plus jeunes car il peut provoquer des commotions cérébrales.
Rester en bonne santé, privilégier le plaisir du jeu, c’est si important ! Ce sont autant de sujets que je partage avec d’autres anciens champions du monde de 2018 dans un collectif, Génération 2018, créé pour parler de santé mentale et de cohésion sociale. C’est bien d’avoir tout cela à l’esprit alors que démarre une nouvelle Coupe du monde et que l’on s’apprête à soutenir l’équipe de France qui porte ces valeurs. Chaque victoire devient plus grande lorsqu’elle est partagée et inspire les autres !

La naissance d’une vocation
Quel ado étais-tu ?
Raphaël Varane : J’étais du genre timide et réservé, mais aussi toujours présent pour rigoler. Dans la bande, j’étais le bon copain, celui sur qui on pouvait toujours compter. C’est toujours vrai, d’ailleurs.
Quand est née ta vocation ?
R. V. : J’ai toujours joué au foot parce que j’adore ça. Pourtant, la vie de footballeur professionnel ne m’a jamais fait rêver et je ne pensais pas en faire un métier. Ce qui comptait, c’était de jouer au foot dans le jardin avec mon frère, c’est tout. J’ai compris que ça devenait sérieux beaucoup plus tard, quand on m’a proposé mon premier contrat professionnel à 16 ans.
À quoi ressemblait ta vie d’ado ?
R. V. : En 6e et 5e, j’allais au collège. J’habitais avec ma famille près de Lille (Nord) et mon club était à Lens (Pas-de-Calais). Aussi, après les cours à 17 h, ma mère venait me chercher en voiture, je me changeais et je faisais mes devoirs dans les embouteillages. Ma vie, c’était beaucoup d’allers-retours ! Puis, à 13 ans, quand j’ai intégré le Pôle espoirs de Liévin, un centre de formation qui prépare à passer pro, je suis entré à l’internat. Je rentrais peu chez moi : même le week-end et les vacances, j’avais des tournois, des sélections. C’était un déracinement important et beaucoup de sacrifices.
C’était comment, l’internat ?
R. V. : Il y avait un côté génial, comme en colo. Mais il y avait aussi beaucoup de pression sur la performance. C’était très sélectif : on était 20 admis sur 10 000 candidats. On vivait dans un univers tout petit. Entre le terrain de foot, la salle de classe et là où je dormais, il y avait 200 m ! Ma vie était minutée. J’avais des copains au foot, mais au collège, on était catégorisés “footeux” et certains nous détestaient. Physiquement aussi, c’était dur : entre 13 et 14 ans, j’ai eu des douleurs de croissance au genou et au dos. Heureusement, les éducateurs étaient là. Je les entends encore : “L’échec est le fondement de la réussite”, “Tomber est permis, se relever est ordonné”…
L’envie de gagner pour arriver au plus haut niveau
Qui t’a encouragé le plus ?
R. V. : Personne ne m’a forcé à faire tout ça. J’aimais la compétition. Sans ça, je n’aurais pas persisté : il faut cette envie de gagner pour arriver au plus haut niveau. Ma mère était attentive à ce que je ne lâche pas le collège, même si je pensais foot, je mangeais foot, je dormais foot. Grâce à elle, j’ai compris qu’il fallait un plan B. Elle m’a aidé à garder les pieds sur terre : j’ai passé le bac la veille du jour où j’ai signé avec le Real Madrid.
Dans les moments compliqués, qu’est-ce qui t’aidait ?
R. V. : Mes émotions ! Elles sont mon carburant. J’ai appris à m’en nourrir pour performer. Il y a des émotions qui paralysent et d’autres qui font courir plus vite ! Je transforme ma tristesse, ma colère ou mon stress en envie de gagner.
Tu avais du temps pour toi ?
R. V. : Non, très peu. Plus tard, vers 15-16 ans, en centre de formation, j’ai pu sortir un tout petit peu plus : je pouvais prendre le bus jusqu’au centre-ville par exemple. Ce n’était pas grand-chose, mais j’en avais besoin : c’était déjà un semblant de vie normale.
Et l’amour dans tout ça ?
R. V. : J’ai rencontré ma femme au lycée, à 16 ans. Plus tard, elle m’a rejoint quand j’ai joué au Real Madrid. Elle m’a donné un point d’ancrage dont j’avais besoin en vivant à l’étranger. Aujourd’hui, on a trois enfants et je suis très papa poule. Ils ont chacun leur caractère, très différent, et j’essaie de passer du temps avec eux. Je veux leur transmettre de l’amour, de la sécurité, mais aussi de la force pour affronter n’importe quel défi dans leur vie, leur apprendre à cultiver leur résilience.
Transmettre aux ados les valeurs apprises sur le terrain
Ça veut dire quoi, “être résilient” ?
R. V. : C’est la capacité à surmonter les obstacles. Quand on est confronté à un problème, il ne faut pas se dire que c’est la faute des autres, mais trouver les outils pour évoluer. Il faut prendre ses responsabilités, arrêter de se chercher des excuses et se concentrer sur les solutions.
C’est pour transmettre ces valeurs que tu as créé les Stages Varane ?
R. V. : Exactement ! Je veux aider les ados à faire tomber les barrières, à savoir mener leur vie. Le foot c’est un bon moyen d’y parvenir ! Ces stages sont ouverts à tous et gratuits. Avec toute l’équipe, nous transmettons un cadre et les valeurs du sport, comme l’inclusion et le partage. En quelques jours, le changement peut être spectaculaire. Certains gagnent confiance en eux, d’autres acquièrent de la rigueur.

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Tu les trouves comment, les ados ?
R. V. : Je vois un gros potentiel en eux, mais je ressens aussi leur besoin d’être guidés sur le plan émotionnel. Moi, j’ai grandi avant les réseaux sociaux : j’étais déjà au milieu de mon adolescence quand Facebook est apparu ! Aujourd’hui, la façon d’échanger est différente. Les jeunes sont plus exposés, mais leur carapace est plus épaisse, leurs émotions plus enfouies. Pour être bien dans sa tête, il faut apprendre à les canaliser.
Souvenirs de finales et matchs de 2026
Cette année, comment vas-tu soutenir les Bleus ?
Je vais regarder les matchs en invitant des proches à la maison ou en allant dans un lieu spécial. Le foot a le pouvoir de nous rassembler et de nous faire vivre des moments collectifs extraordinaires. On se souvient tous de ce que l’on faisait lors des finales de Coupe du monde, que ce soit en 1998 ou en 2018. Il faut vivre ces instants à fond et les partager avec les autres…
C’est ça, la magie du football.
4 choses à savoir sur Raphaël Varane

Raphaël Varane : un immense champion
Ses clubs : RC Lens (2010-2011), Real Madrid (2011-2021), Manchester United (2021-2024), Como 1907 (2024). Son poste : défenseur central. Ligue des champions : 4 victoires (avec le Real Madrid). En équipe de France : 93 sélections en 10 ans. Coupes du monde : vainqueur en 2018. Finaliste (et vice-capitaine) en 2022.
Sa chambre d’ado
« Ma chambre n’était pas forcément très ordonnée. Il y avait quelques posters à droite à gauche, plus par opportunisme, parce que je les avais trouvés, que par réelle passion pour quelqu’un. Il y avait aussi des jeux vidéo, surtout des jeux de foot sur la Play. Et puis, bien sûr, mes cahiers ! »
Le meilleur conseil qu’un entraîneur lui ait donné
« Ne pas surjouer. Parfois, on veut sur-performer, mais il suffit d’être soi-même. C’est tout aussi efficace, voire plus. »
Son plaisir coupable
« Le chocolat, sans hésiter. Je pourrais manger du Nutella à la petite cuillère ou des Kinder Bueno dès que l’occasion se présente ! »
“Le foot a le pouvoir de nous rassembler”, article extrait du magazine Okapi n°1246, 15 juin 2026. Texte : Olivia Villamy et Emmanuelle Lucas. Photos : La Meute Agency x Stages Varane.

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