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Ces blessures que certains ados s’infligent sur la peau cachent souvent un mal-être profond. Sans minimiser ni dramatiser, le magazine Okapi explique aux 10-15 ans et à leurs proches les ressorts de cette souffrance qui peine à s’exprimer autrement. Une manière de poser des mots clairs pour mieux comprendre et amorcer le dialogue.

À quoi ça sert de se scarifier ?

Se scarifier, c’est se faire des coupures plus ou moins profondes sur la peau avec un objet tranchant. Ce geste n’est pas anodin. Il s’agit d’une attaque contre son propre corps, souvent utilisée pour essayer de faire face à une souffrance psychique très forte. La douleur physique et le fait de voir le sang couler peuvent donner l’impression de reprendre le contrôle sur la situation ou de faire sortir la douleur. Sur le moment, ça apporte un soulagement, mais cela ne dure pas. C’est pour ça que certain(e)s sont poussé(e)s à recommencer, pour retrouver l’illusion d’aller mieux.

Il ne faut pas minimiser ces gestes, car ils montrent une grande difficulté et un manque de ressources pour y faire face. Il ne faut pas dramatiser non plus : se scarifier ne veut pas forcément dire que la personne a des pensées suicidaires. Ces marques sont surtout le signe d’une souffrance qui a besoin d’être entendue et accompagnée.

“Scarifications : pourquoi je me fais mal ?”, article extrait du magazine Okapi n° 1243, 1er mai 2026. Illustrations : Océane Meklemberg.

Pourquoi ça arrive surtout à l’adolescence ?

Parce que c’est un moment charnière. Le corps se transforme à toute vitesse sous l’effet des hormones, et ces bouleversements peuvent parfois donner l’impression de perdre le contrôle ou de ne plus se reconnaître. Cela peut aussi fragiliser l’estime de soi. La peau, c’est notre enveloppe, ce qui nous sépare du monde extérieur, mais aussi ce que les autres voient de nous. Elle joue un rôle important dans l’image que l’on a de soi, et s’y attaquer est très symbolique. Se faire du mal de manière visible peut être parfois une façon de reprendre possession de ce corps qui change.

Est-ce que c’est addictif ?

Oui, et c’est justement le problème. La scarification apporte un soulagement temporaire, il faut répéter le geste souvent pour retrouver cette sensation d’aller un peu mieux. Mais en réalité, cela ne résout pas la souffrance ou l’angoisse. Et cela n’aide pas non plus à s’auto-apaiser ou à apprendre à gérer les émotions difficiles, comme la frustration ou la tristesse. Avec le temps, ce geste risque de devenir une habitude, voire un rituel. Et plus cette habitude s’installe, plus il peut être difficile de s’en défaire, même à l’âge adulte.

Pourquoi les filles sont-elles plus concernées ?

Environ 80 % des adolescents qui se scarifient sont des filles. De manière générale, on observe que les garçons ont plutôt tendance à extérioriser leur agressivité, par exemple en se battant ou en adoptant des comportements à risques. Les filles, elles, ont davantage tendance à intérioriser ce qu’elles ressentent et peuvent parfois retourner cette agressivité contre elles-mêmes. Bien sûr, ce ne sont que des tendances générales, certains garçons se scarifient, et certaines filles peuvent extérioriser leur mal-être différemment.

Comment s’arrêter ?

Pour rompre le cercle vicieux, il faut en parler. Le mieux, c’est de demander l’aide d’un(e) psychologue, qui peut aider à mettre des mots sur les maux. Il existe des méthodes pour apprendre à canaliser ses émotions et à gérer sa douleur différemment, en parlant avec quelqu’un de confiance, en écrivant ce que l’on ressent, en pratiquant des activités apaisantes (dessin, respiration, musique…) ou en apprenant des méthodes pour gérer le stress et les pensées envahissantes.

Comment aider un ou une ami(e) qui se scarifie ?

Si tu remarques qu’un ou une ami(e) se scarifie, le mieux est d’essayer de lui en parler avec bienveillance. Choisis un moment calme et dis-lui simplement que tu t’inquiètes pour lui ou pour elle. S’il ou elle ne souhaite pas en parler, respecte son silence, mais fais-lui savoir que tu es là et prêt(e) à l’écouter quand il ou elle sera prêt(e). Ne pas juger, rester à l’écoute et montrer ton empathie, c’est essentiel. Mais évidemment, tu n’as pas les moyens de résoudre cette situation. Parles-en à un(e) adulte de confiance : parent, enseignant(e), infirmier(ère) scolaire, éducateur(trice)… Ensemble, vous pourrez réfléchir à la meilleure façon d’aider et d’orienter ton ami(e) vers un(e) professionnel(le) capable de l’accompagner.

Pour aller plus loin : Écrire, le meilleur remède pour guérir

Catherine Rioult. Photo : DR.

👉 Catherine Rioult, psychologue clinicienne, psychanalyste et autrice du livre Ados : scarifications et guérison par l’écriture nous parle des bienfaits des ateliers d’écriture qu’elle anime, qui offrent aux adolescents un espace d’expression chaleureux et encadré.

« Depuis plusieurs années, je m’occupe de jeunes qui se scarifient. En essayant de les aider, j’ai compris que la scarification pouvait être une autre forme d’écriture, une manière d’exprimer un mal-être. C’est ce constat qui m’a donné l’idée de mettre en place des ateliers d’écriture, afin que ce mal-être puisse s’exprimer sur papier plutôt que sur la peau. À travers différents exercices, les adolescents disposent d’un espace pour déposer leurs mots et dire ce qu’ils ressentent. Après ce temps intime d’écriture vient celui de la lecture à voix haute, devant les autres. Ce temps d’échange permet souvent aux participants de nouer des liens forts entre eux et d’apprendre à s’écouter et à se dévoiler. Même sans atelier, le simple fait d’écrire dans un carnet peut apporter un grand soulagement, car c’est une manière de prendre du recul. »

“Scarifications : pourquoi je me fais mal ?”, article extrait du magazine Okapi n° 1243, 1er mai 2026. Textes : Olivia Villamy. Illustrations : Illustrations : Océane Meklemberg. Photo : DR.

Couverture du magazine Okapi n° 1243, 1er mai 2026.