Votre enfant grandit, et pourtant sa tétine reste bien accrochée. Comment l’aider à s’en détacher ? Pour vous aider, nous avons interrogé Félix Trumbic, chirurgien-dentiste spécialisé en odontologie pédiatrique. Découvrez aussi les astuces des parents recueillies par le magazine Pomme d’Api.
La tétine et les tout-petits : risques et bons usages
Quel est l’intérêt de la tétine ?
Félix Trumbic : La succion est un réflexe primitif vital : il permet au nouveau-né de se nourrir et donc de survivre. Un bébé qui ne tète pas n’est malheureusement pas voué à vivre très longtemps. En tétant, l’enfant enclenche un cycle entre succion, déglutition et respiration. Bien qu’elle n’ait pas une fonction nutritive, la tétine stimule et entraîne cette coordination. Des études montrent aussi que la tétine diminue le risque de mort subite du nourrisson.
La succion joue aussi un rôle de régulation des émotions et d’apaisement chez le bébé. C’est très net chez les enfants prématurés : ils n’ont pas encore la capacité de téter et doivent être nourris par sonde, ce qui les rend souvent agités. Dès qu’on parvient à les mettre au sein ou, à défaut, à leur donner une tétine, le rythme cardiaque diminue et un apaisement général s’observe presque immédiatement.
Pourquoi faut-il arrêter la tétine ?
Félix Trumbic : L’enfant est censé passer progressivement d’une déglutition de succion, où la langue reste basse, au fond de la bouche, à une déglutition de mastication, où elle vient se plaquer contre le palais. C’est une étape importante : ce mouvement de la langue contre le palais, répété plusieurs milliers de fois par jour, va élargir le palais, ce qui entraîne une ouverture des fosses nasales et force une respiration nasale. L’enfant va alors avoir une croissance maxillo-faciale harmonieuse.
C’est précisément ce changement de déglutition que l’usage prolongé de la tétine vient perturber. En empêchant la langue de remonter au palais, comme le feraient aussi le pouce ou le biberon, elle la maintient basse, dans une déglutition de succion. En conséquence, la croissance oro-faciale de l’enfant devient dysfonctionnelle : le palais ne s’élargit pas et les fosses nasales ne s’ouvrent pas. L’enfant respire alors principalement par la bouche. Cette respiration buccale entretient à son tour la déglutition de succion. Passé 3-4 ans, si la tétine est toujours présente, ce cercle vicieux s’installe durablement et s’accompagne de tout un tas de problèmes : des problèmes d’élocution (tendance au zozotement), de sommeil, d’orthodontie, de mastication…
À quel âge conseillez-vous d’arrêter la tétine ?
Félix Trumbic : Aux alentours de 2 ans, c’est le moment parfait pour commencer à travailler sur l’arrêt de la tétine. Les parents peuvent verbaliser avec l’enfant, ce qui leur laisse un an de négociation. Passé cet âge-là, la démarche devient plus compliquée : certains enfants ont beaucoup de mal à arrêter, et il est plus difficile d’obtenir leur accord.
Quelles sont les erreurs à éviter avec la tétine ?
Félix Trumbic : La première erreur est de donner la tétine par réflexe, même quand l’enfant ne la réclame pas. Typiquement, lorsque le bébé est en poussette, on va la lui glisser dans la bouche sans qu’il n’ait rien demandé. Il va alors s’y habituer inutilement.
Une autre erreur fréquente est l’arrêt brutal de la tétine. L’enfant a toujours eu l’habitude d’avoir sa tétine, et du jour au lendemain, on lui annonce qu’il n’en portera plus. C’est un peu comme si on vous demandait soudainement de sortir sans chaussures. Cela peut être vécu comme un traumatisme.
Comment accompagner l’enfant vers l’arrêt de la tétine ?
Félix Trumbic : Il faut d’abord expliquer à l’enfant pourquoi il est important d’arrêter la tétine. Sans cette verbalisation, il ne comprend pas et ne peut pas s’intégrer dans la démarche. On peut par exemple le motiver en lui disant : la tétine abîme les dents, est-ce que tu veux des dents tordues ou pas tordues ? On peut aussi lui dire que la tétine, c’est pour les tout-petits, et que lui, maintenant, il est grand. Les parents peuvent aussi réserver la tétine pour des moments particuliers : les gros chagrins, les douleurs et le dodo. Pour le reste, par exemple l’ennui ou le besoin de mettre des choses en bouche, on essaie de ne pas la proposer systématiquement. La tétine peut rester en majorité sur le lit. On peut aussi ritualiser le moment du coucher autrement, non pas seulement avec la tétine, mais aussi avec des câlins, une histoire, des chansons.
Si c’est très compliqué d’obtenir une réponse positive de l’enfant, on peut aussi jouer avec son imaginaire, notamment à partir de 3 ans, quand la compréhension est meilleure. Dans mon cabinet, je parle de la fée des tétines, mais on peut imaginer tout ce qu’on veut, à condition de rester dans une histoire qui fonctionne pour son enfant. On peut aussi utiliser les plannings de motivation. En consultation, je propose aux parents de mettre en place un petit planning sur un mois, avec des gommettes que l’enfant choisit lui-même, à coller à chaque fois qu’il n’a pas pris sa tétine dans la journée. Une fois toutes les gommettes collées, on peut prévoir un petit cadeau pour l’encourager. De cette manière, on rend l’enfant acteur de son propre traitement et on détourne son regard de la tétine.
Existe-t-il des alternatives à la tétine ?
Félix Trumbic : Le bébé connaît une phase d’oralité : il a besoin de tout mettre en bouche et nous avons tendance à lui donner la tétine trop souvent. Il existe des jouets intrabuccaux qui viennent solliciter cette phase. Ces jouets, à la texture particulière, peuvent prévenir les troubles de l’oralité. Le MachouYou en est un bon exemple : l’enfant le met en bouche, s’amuse avec, sans que sa langue soit bloquée, elle peut se coller normalement au palais.
Bye-bye, tétine ! Les astuces des parents
Dans son numéro 727, le magazine Pomme d’Api partage des conseils pour accompagner l’arrêt de la tétine chez les tout-petits. Voici quatre astuces testées et approuvées par les parents.
La fée des tétines, par Lucie

Pour ses 2 ans ½, la « fée des tétines » est passée à la maison prendre toutes les tétines. Elle a laissé un petit cadeau en échange. Ça a été difficile, mais on a tenu bon. Au bout de quelques semaines, la tétine était oubliée ! Les versions « roi » ou « reine des tétines » fonctionnent aussi.
Merci Père Noël !, par Julien
« Sais-tu que le Père Noël collectionne les tétines du monde entier ? Il serait tellement heureux d’avoir la tienne ! Ce serait un beau cadeau pour le remercier ! » Grâce à cette histoire, notre aîné a déposé sa tétine au pied du sapin le 24 décembre. La magie de Noël !

La disparition, par Hassania

Notre fils de 3 ans a perdu sa tétine dans le train. On n’en a pas racheté. Les premières siestes et soirées ont été difficiles. On l’a félicité en lui disant qu’il était courageux et cajolé au moment du coucher. Et c’est passé !
Plus un bébé !, par Xavier
Chez nous, la tétine est toujours restée dans le lit, uniquement pour s’endormir. On s’est dit que notre fille l’arrêterait quand elle en aurait envie. Un jour, quelqu’un lui a dit que c’était pour les bébés. Résultat : elle l’a jetée à la poubelle.

À lire avec ses enfants
« Où est ta tétine ? »
Une histoire pleine d’humour pour dire au revoir à sa tétine.

« Tétine Man »
Hilarant pour les plus grands.


« Bye-bye tétine », supplément pour les parents du magazine Pomme d’Api n° 727, septembre 2026. Propos des parents recueillis par Gwénaëlle Boulet. Illustrations : Lou Gille. Interview de Félix Trumbic par Ninon Fraigneau.