Lors d’une partie de jeux en famille, faut-il laisser son enfant gagner pour lui faire plaisir ? Ou vaut-il mieux jouer à la loyale, au risque de le décevoir ? Dans son supplément pour les parents, le magazine Pomme d’Api fait le point avec le psychologue clinicien Adrien Blanc.
Quand on joue avec son tout-petit, on peut être vite tenté de le laisser gagner. Mais est-ce vraiment lui rendre service ? Dans cet entretien, Adrien Blanc nous invite à mettre l’accent sur le plaisir du jeu en lui-même et à accompagner nos enfants dans l’apprentissage de la défaite.
- Adrien Blanc est psychologue clinicien en centre médico-psychologique et à l’hôpital de jour pour enfants Compoint. Il est aussi chercheur à l’Université de Paris.

Doit-on perdre pour faire plaisir aux enfants ?
C’est l’éternel débat entre « faire plaisir » ou jouer « pour de vrai ». Jouer, c’est avant tout une expérience relationnelle avec le monde et les autres. Gagner ou perdre convoque des sentiments forts. L’enfant va s’identifier à nous et s’inspirer de notre propre façon d’aborder le jeu. Toujours le laisser gagner finit par inciter l’enfant à penser qu’on ne joue pas « pour de vrai » avec lui. Or jouer, c’est expérimenter des relations sociales et émotionnelles.
Comment mettre l’accent sur le plaisir du jeu ?
Lors d’une partie avec son parent, l’enfant s’amuse autant du jeu lui-même que de la compétition en cours. Le jeu se situe aussi dans cette interaction entre le plaisir ludique et celui relationnel. On peut stimuler son plaisir à jouer en soutenant sa victoire ou même sa défaite, plutôt que simplement le laisser gagner. Et, bien sûr, évitons de jubiler si on l’écrase !
Comment apprendre à un enfant à gérer ses émotions en cas de défaite ?
L’adulte peut théâtraliser ses réactions et ses ressentis en les accentuant. Exprimer son plaisir à jouer avec son enfant permet aussi de soutenir ses propres capacités émotionnelles. Il ne faut pas hésiter à varier les types de jeux. On ne ressent pas les mêmes émotions dans un jeu avec un seul vainqueur, que dans un jeu plus collaboratif où les joueurs perdent ou gagnent ensemble. Sans oublier le jeu de l’oie ou les petits chevaux, où le hasard entre en compte. En effet, l’enfant peut ainsi gagner (ou perdre) alors que l’adulte n’y est pour rien (ou presque) !
Un livre pour aller plus loin
Vous souhaitez en savoir plus sur les bienfaits du jeu et son impact sur le développement du jeune enfant ? Découvrez Jouons ! À la découverte du monde, des autres et de soi. Dans cet ouvrage, Adrien Blanc explique combien les activités ludiques ouvrent l’imaginaire, développent le langage, apprennent à gérer ses émotions… et permettent de déployer des capacités pour penser le monde et s’y relier. Tout simplement.
« Jeux de société : faut-il les laisser gagner ? », supplément pour les parents du magazine Pomme d’Api n°726, août 2026. Propos recueillis par M. Olivier. Illustration : M. Tolosa. Photo : A. Blanc.
