Parfois, le jeu vidéo prend trop de place dans la vie de nos ados, filles comme garçons, au point d’entraîner des difficultés scolaires ou relationnelles… Okapi, le magazine des collégiens leur donne des conseils, à partager en famille, pour ne pas se laisser submerger.
Les jeux vidéo : un refuge bien pratique
Tu t’ennuies ? Tu as la flemme ? Tu veux te changer les idées ? Alors va délivrer la princesse Zelda sur Switch ou faire des acrobaties dans Spider-Man sur PS5 ! Dans ces mondes virtuels, tu vis des aventures fantastiques en compagnie de personnages hauts en couleur, tu t’identifies au héros ou à l’héroïne, et tu accomplis toutes sortes d’exploits et de performances… C’est valorisant ! À condition de savoir revenir dans le monde réel ensuite. Car c’est là, et seulement là, que tu noues de vrais liens amicaux et amoureux.
Tout est fait pour scotcher les joueurs et joueuses l’écran
Tu dois savoir que les développeur(se)s font tout pour maintenir l’attention des joueur(se)s et garder une communauté active. En ligne, ils misent sur ta crainte que le groupe progresse sans toi (Sea of Thieves, Subnautica 2…) ou sur un système de classement (Rocket League, Brawl Stars…). Pour battre la concurrence, il faut sans cesse se connecter. Parfois, les studios vont jusqu’à intégrer des “mécanismes de rétention” : plus tu te connectes plusieurs jours d’affilée, plus les récompenses sont importantes ! Hors ligne, les objets à collectionner viennent sans cesse stimuler ta curiosité (Breath of the Wild, Assassin’s Creed…).
Trop de jeux vidéo ? Gare aux conséquences !
S’il est mal encadré, le jeu vidéo peut déborder sur tes autres activités et entraîner un tas d’effets négatifs. Sommeil dégradé, résultats scolaires en baisse, difficultés à gérer les émotions (colère, agressivité, anxiété)… On peut aussi perdre de l’argent, parfois beaucoup, en achetant des loot boxes, sortes de pochettes-surprises aléatoires (d’ailleurs interdites en Belgique et aux Pays-Bas car elles sont assimilées à des jeux de hasard). Et bien sûr, on n’obtient presque jamais d’items rares malgré l’argent dépensé.

Trois signaux qui doivent alerter
Soyons clairs, le jeu vidéo n’est pas une drogue, dans la mesure où il ne génère pas “d’addiction” au sens médical du terme. Mieux vaut parler de “pratique excessive”, et vivre une période difficile peut suffire à y conduire. Comment savoir si tu es concerné(e) ? Si tu remarques un des trois comportements suivants :
- Tu te désintéresses de tous tes hobbies.
- Tu joues plus que prévu.
- Tu te sens mal après une session.
Ça te parle ? Alors, je te conseille d’en parler avec un(e) adulte de confiance. Car ton temps de jeu dissimule peut-être un mal-être plus profond et cet échange pourra permettre de l’identifier et de trouver des solutions.
Comment reprendre la main sur les manettes ?
C’est le moment pour tes parents, peut-être joueur(euse)s eux-mêmes, de rejoindre la partie. Ensemble, vous pourrez instaurer des règles : la durée accordée chaque jour (avec contrôle parental), les “jours sans”, l’usage pendant les vacances et le week-end, la priorité aux devoirs, les restrictions éventuelles… Vous pouvez les rédiger sur une feuille que chacun(e) signera, comme un contrat. Après, il faudra le respecter, en faisant preuve de bonne foi et de maturité… Courage !

Ça concerne aussi les filles ?
Bien sûr, le jeu vidéo séduit tout le monde ! Les filles sont de plus en plus nombreuses à passer du temps devant leur console ou leur ordinateur. Selon le Syndicat des éditeurs des logiciels de loisirs, elles représentaient en 2025 près de la moitié des 40 millions de joueur(se)s français(es). La scène e-sport aussi se féminise, avec des figures comme Ève Monvoisin, alias “Colomblbl”, joueuse pro de League of Legends. Mais selon les psychologues qui reçoivent pour une utilisation excessive, les filles consultent bien moins que les garçons.
L’avis de l’expert : “Les jeux vidéo ont aussi des effets positifs”

Niels Weber, psychologue spécialisé en hyperconnectivité : « Manette (ou clavier/souris) en main, un(e) joueur(euse) peut développer sa créativité et apprendre à gérer des ressources (Minecraft…). Selon une étude de l’Université de Genève, en Suisse, jouer régulièrement à des jeux d’action comme Call of Duty aide à prendre des décisions plus rapidement dans la vraie vie et à mieux focaliser son attention ! Et puis, grâce aux jeux vidéo, on s’amuse avec nos proches, ensemble ou à distance grâce aux parties en ligne. Cela renforce les liens et le sentiment d’appartenance à un groupe. De plus, le jeu vidéo se moque de la couleur de la peau, des origines sociales ou du handicap. L’important, c’est d’avancer vers un objectif commun ! Bien sûr, on peut apprendre ces compétences autrement. Ne pas être un gamer/une gameuse ne pénalise pas dans la vie !
Quelques témoignages d’ados reçus à la rédaction d’Okapi
- « Depuis que j’ai installé Roblox sur ma tablette (sans contrôle parental), je ne fais qu’y jouer et y penser toute la journée !!! Résultats : ma moyenne baisse. 14,48 au deuxième trimestre au lieu 16,25. Help me !!!! » Un geek qui geeke.
- « Je suis classé à Rocket League et je passe mes soirées à jouer jusqu’à minuit, et plus tard le week-end. Ma mère ne comprend pas que je doive maintenir mon niveau et me met la pression. On se dispute souvent et je ne fais pas toujours mes devoirs… » Lukas, 12 ans
- « Je passe mes week-ends sur Two Point Museum, un jeu où il faut construire des musées. J’adore que tout soit parfait et quand j’éteins l’ordi, je n’arrête pas d’y penser. Même mes amies disent que j’abuse… Comment passer à autre chose ? » Marina, 13 ans
- « Avec mes parents, le deal est simple : pas de jeux violents avec du sang ! Ça limite un peu mes achats mais c’est toujours mieux que de ne pas jouer du tout. Cyril, 13 ans
- « J’ai surtout du mal à m’arrêter quand je joue avec mon frère et mes sœurs. Toute seule, ça ne m’intéresse pas. » Annaël, 14 ans
Votre enfant se pose des questions sur ses amitiés, ses amours, sa famille, son corps, ses passions, ses émotions, son avenir… sur la vie, quoi ! Nos journalistes experts, Olivia et Jonathan, répondent aux 10-15 ans dans chaque numéro d’Okapi, dans la rubrique « On se dit tout ».
Pour leur écrire : par mail à okapi@groupebayard.com ou par courrier postal à Okapi, 15 boulevard Gabriel Péri, CS 10042, 92245 Malakoff Cedex.
“Jeux vidéo : comment garder le contrôle ?”, article extrait de la rubrique “On se dit tout” publiée dans le magazine Okapi n° 1251, 1er octobre 2026. Texte : Jonathan Konitz. Illustrations : Romain Ronzeau. Merci à Louis Motard, médecin spécialisé en addictologie, et à Niels Weber, psychologue spécialiste de l’hyperconnectivité.
