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Dans plusieurs collèges, des adolescents engagés luttent contre l’isolement et le harcèlement scolaire en allant vers les élèves qui se sentent seuls ou en difficulté. À l’approche de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école le 5 novembre 2026, ces « bienveilleurs », formés pour écouter et soutenir leurs camarades, racontent leur expérience à Okapi.

“Bienveilleur” est un terme choisi par l’association Astrée dans le cadre du programme “Attentifs aux autres”. Il s’agit de former des collégiens en 4e afin qu’ils agissent durant leur année de 3e.

Hector, 15 ans : « Je veux rendre l’aide qu’on m’a apportée »

Hector est bienveilleur au collège Émile-Verhaeren de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Hector est bienveilleur au collège Émile-Verhaeren de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).

Pourquoi t’es-tu engagé ?

J’ai été harcelé en CM2 et, quand je suis arrivé en 6e, je me suis retrouvé seul. Dans mon collège, il y avait des bienveilleurs et des bienveilleuses. L’une d’elles est venue vers moi. Pendant les récrés, je restais avec son groupe de copines. Petit à petit, on est devenus amis, même si certains ne comprenaient pas pourquoi on traînait ensemble. Elles m’ont donné des conseils pour m’intégrer et ça a marché ! J’ai voulu rendre cette aide.

Ce qui t’a le plus touché ?

J’ai vu une élève de 6e seule, pleurant sur un banc après une embrouille qui avait dégénéré avec sa meilleure amie. J’ai passé la récré avec elle. On n’a pas cherché à résoudre son problème : on a juste discuté et rigolé. Ça lui a permis de souffler, et elle est repartie avec le sourire. Le lendemain, tout s’était arrangé avec son amie.

Être bienveilleur, ça t’a changé ?

Oui, complètement ! Avant, j’avais tendance à prendre toute la place dans les conversations. J’ai appris à écouter. Maintenant, je pose des questions ouvertes, qui invitent la personne à développer sa réponse plutôt qu’à répondre par “oui” ou par “non”.

Le plus difficile dans ce rôle de “bienveilleur” ?

D’aller vers les autres, surtout quand on ne les connaît pas. Heureusement, on a appris cette méthode : d’abord on observe, ensuite on s’approche, on engage la conversation et, enfin, on écoute.

Un message aux collégien(ne)s ?

Être attentif(ve)s à ce qui passe autour d’eux/elles, dans la cour, à la cantine ou en classe. Ne pas se laisser influencer par la soi-disant mauvaise réputation de quelqu’un !

Clémence, 15 ans : « Il faut avoir le courage de défendre les autres »

Clémence est bienveilleuse au collège Émile-Verhaeren de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Clémence est bienveilleuse au collège Émile-Verhaeren de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).

Pourquoi t’es-tu engagée ?

En 6e, j’ai été harcelée par trois garçons. Je n’en ai parlé à personne. À la fin de l’année, j’ai craqué et j’ai tout raconté à ma mère. Heureusement, mes parents avaient prévu de déménager. Dans mon nouveau collège, je me suis vite intégrée. Mais je sais à quel point le harcèlement peut marquer, c’est pour ça que je me suis engagée.

Ce qui t’a le plus touchée ?

Dans ma classe, une pétition a circulé contre un élève, qui s’est retrouvé isolé. J’ai pris sa défense devant la classe et j’ai signalé la situation à la CPE. Au début, je craignais les réactions, mais il n’y en a pas eu. Cette expérience m’a appris qu’il faut avoir le courage de défendre les autres.

Ce que les autres ne voient pas ?

Les émotions que certain(e)s essaient de cacher. Je remarque le moindre changement d’expression, un regard, un geste des mains… Quand je sens que quelque chose ne va pas, je propose d’aller faire un tour dans la cour.

Être bienveilleuse, ça t’a changée ?

J’ai appris à prendre un peu plus de recul. Je suis quelqu’un de naturellement empathique, mais j’ai compris que, pour bien aider les autres, il faut parfois garder une certaine distance. Et puis, j’ai aussi appris à faire remonter les situations que je ne peux pas gérer toute seule.

Un message aux collégien(ne)s ?

Ne pas hésiter à aider, quitte à se faire juger après. Le plus important, c’est d’être au clair avec sa conscience.

Alix, 15 ans : « Aider les autres, ça s’apprend »

Alix est bienveilleuse au collège Paul-Bert de Chatou (Yvelines).
Alix est bienveilleuse au collège Paul-Bert de Chatou (Yvelines).

Pourquoi t’es-tu engagée ?

J’ai été harcelée en 6e par des filles de 3e. Tout est parti d’un pull Snoopy multicolore que j’adorais porter. Comme elles n’aimaient pas mon style, elles ont commencé à se moquer de moi et la situation a dégénéré. Ça a fini dans le bureau de la principale, et cette période a été difficile à vivre. Je ne voulais pas qu’une autre élève de 6e traverse une épreuve similaire.

Ce que les autres ne voient pas ?

La solitude des élèves qui semblent pourtant bien entouré(e)s. Je repère tout de suite celles et ceux qui ne vont pas bien, même lorsqu’ils/elles sont avec des ami(e)s. Ils/elles rient aux blagues, participent aux conversations, puis leur sourire s’efface presque aussitôt.

Ce qui t’a le plus touchée ?

J’ai repéré une élève de 5e qui déjeunait seule tous les midis. Un jour, en discutant avec elle, j’ai découvert une fille solaire. Petit à petit, elle a repris confiance en elle, et elle a fini par trouver son groupe de copines. Aujourd’hui, quand on se croise dans les couloirs, on s’échange un petit sourire discret. Elle n’a plus besoin de moi… et c’est sans doute la plus belle des réussites !

Être bienveilleuse, ça t’a changée ?

Avant je voulais aider, mais je ne savais pas comment m’y prendre. L’association m’a appris à bien aider, en étant dans l’écoute active et sans forcément donner des conseils. Parfois, il suffit juste de laisser les élèves vider leur sac.

Un message aux collégien(ne)s ?

Quand ça devient trop grave, faire remonter l’info aux adultes.

Lucie, 15 ans : « Si tu ne le fais pas, qui va le faire ? »

Lucie est bienveilleuse au collège Georges-Braque (Paris).
Lucie est bienveilleuse au collège Georges-Braque (Paris)

Pourquoi t’es-tu engagée ?

Quand j’étais en 6e, j’ai vécu beaucoup d’embrouilles. J’aurais bien aimé avoir des bienveilleurs pour m’aider. Quand j’ai découvert le programme, mon petit frère entrait au collège, ça a été le déclic.

Ce qui t’a le plus touchée ?

Il y avait une élève de 6e qui n’avait pas beaucoup d’amies, mais qui n’était pas toujours très agréable avec les autres. Elle avait subi du harcèlement à l’école primaire, mais elle avait tendance à mal parler à ses camarades. Avec une autre bienveilleuse, on l’a accompagnée, sans la brusquer, en restant présentes et à son écoute. C’était un défi, que nous avons relevé en binôme parce qu’on a des regards complémentaires. Petit à petit, elle s’est ouverte aux autres.

Être bienveilleuse, ça t’a changée ?

J’ai plus de ressources pour aider les autres. Avant, quand quelqu’un me parlait de quelque chose d’intime ou de sensible, je ne savais pas quoi faire, je répondais simplement : “OK”. Aujourd’hui, j’ai appris à poser des questions qui laissent à l’autre l’espace d’aller jusqu’au bout de ce qu’il ressent et de ce qu’il veut dire.

Le plus difficile dans ce rôle ?

Tout le monde n’a pas envie d’être aidé. Parfois, certaines personnes répondent sèchement, il faut garder le cap. Même après s’être pris un vent, il faut parfois revenir vers elles, au cas où. Le secret, c’est de ne rien prendre personnellement (même si c’est dur).

Un message aux collégien(ne)s ?

Plutôt une phrase qui est devenue mon leitmotiv : “Si tu ne le fais pas, qui va le faire ?”

Narcisse, 15 ans : « J’aime que les autres se sentent bien »

Narcisse est bienveilleur au collège Georges-Braque (Paris).
Narcisse est bienveilleur au collège Georges-Braque (Paris).

Pourquoi t’es-tu engagé ?

Quand je suis tourné vers les autres, j’arrête de me poser mille questions. Ça me décentre et ça me fait du bien.

Ce que les autres ne voient pas ?

Je suis un scanner, j’observe tout autour de moi, les détails, les gestes, la communication non verbale.

Ce qui t’a le plus touché ?

J’ai essayé d’aider un élève de 6e qui était tout seul dans la cour de récré. Au départ, il ne voulait pas de mon aide. C’était un peu frustrant, mais j’ai compris qu’il n’avait pas besoin de moi. Parfois, aider les autres, c’est aussi respecter leurs besoins et s’effacer.

Être bienveilleur, ça t’a changé ?

Je suis quelqu’un de très timide. Avec l’association, j’ai appris à briser la glace et à engager une conversation. Au début, quand je repérais quelqu’un en difficulté, j’envoyais un ami à ma place. Maintenant, j’y vais seul, même si ça me coûte d’entrer en contact. Un simple “Salut, je vois que t’es seul(e), ça va ?” suffit pour lancer la discussion.

Un message aux collégien(ne)s ?

Il faut oser faire ce qui est bien, même quand ce n’est pas considéré comme “cool” par les autres. Moi, je choisis d’être quelqu’un de bien, plutôt que de prouver que je suis plus fort.

Comment aider un(e) camarade seul(e) au collège et agir comme un bienveilleur ?

Repérer les signes d’isolement

Garde l’œil ouvert à la cantine, dans la cour ou en classe. Si tu remarques un(e) élève souvent seul(e), n’hésite pas à lui parler. Propose-lui de rejoindre ton groupe d’ami(e)s ou de déjeuner avec toi.

Oser engager la conversation

Pour engager la conversation, pose des questions simples et ouvertes, comme : “Comment se passe ta journée ?”. L’idée n’est pas de résoudre tous ses problèmes ni de lui donner des conseils à tout prix, mais surtout de l’écouter et de lui montrer qu’il/elle n’est pas seul(e).

Savoir quand demander l’aide d’un adulte

Et si la situation te paraît inquiétante ou grave, parles-en rapidement à un(e) adulte de confiance.

S’informer sur le programme “Attentifs aux autres”

Le programme “Attentifs aux autres” est présent dans 32 collèges en France. C’est trop peu ! Pas encore dans le tien ? Pas de problème : toi aussi, tu peux faire la différence et veiller sur les autres ! Renseigne-toi sur : astree.asso.fr


“Leur mission : mettre KO le harcèlement”, article extrait du magazine Okapi n° 1253, 1er novembre 2026. Texte : Olivia Villamy. Photos : Frédérique Plas pour Okapi.
Merci à Annick Jurado, Natacha Ruffine, Johanna Soufflet, Antoine Coste, Huguette Salomon et à l’association Astrée.

Couverture du magazine Okapi n°1253, 1er novembre 2026.
Couverture du magazine Okapi n° 1253, 1er novembre 2026.

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