Depuis le début de l’été, le test de dépistage de la contamination au cadmium peut être remboursé pour les personnes dites « à risques ». Dans ce contexte et alors que les dangers liés à l’exposition à ce polluant sont désormais documentés, faut-il tester nos enfants ? Deux spécialistes nous éclairent.
Métal lourd naturellement présent dans les sols à l’état de traces, le cadmium est reconnu pour sa toxicité. L’usage d’engrais minéraux, majoritairement phosphatés, a entraîné une augmentation inquiétante de ce polluant dans les sols agricoles français. Résultat, le cadmium est présent dans les aliments et les plus jeunes sont particulièrement exposés. Selon l’Anses, 25 % des enfants dépassent la dose journalière tolérable (0,35 microgramme de cadmium par kilogramme de poids corporel par jour), contre moins de 2 % des adultes. L’étude de surveillance Esteban dresse un constat similaire : 18 % des enfants présentent déjà des concentrations urinaires supérieures au seuil critique.
Contamination au cadmium : « Il faut absolument enrayer cette dynamique »
« En France, les 6-18 ans ont des taux de contamination quatre fois plus élevés qu’en Allemagne, aux États-Unis ou au Canada », alerte le professeur Pierre Souvet, cardiologue et président de l’association Santé Environnement France. « Si nous n’arrivons pas à arrêter cette hausse incroyable, les enfants seront soumis à plus de risques de pathologies liées au cadmium (risques osseux, cardiovasculaires, rénaux). Ça ne veut pas dire qu’ils tomberont malades, mais il faut absolument enrayer cette dynamique. »

Le bon réflexe face au cadmium ? En parler avec son généraliste
Pour savoir à quel niveau notre enfant est exposé, un test urinaire existe. En cas de taux élevé, une prise de sang peut ensuite être réalisée. Depuis le 16 juin, le test est remboursé, sous réserve d’avoir une prescription sur ordonnance et d’être « une personne potentiellement surexposée au cadmium du fait de son lieu de résidence ». Des critères trop restrictifs pour le Pr Pierre Souvet, qui plaide pour que les enfants soient testés. « Quand on me dit que cela va rendre anxieux, je réponds que quand on sait, on est sensibilisé et on fait attention au lieu de rester inactif. En tant que parents, on se dit, je vais m’y mettre, je vais faire manger à mon enfant plus de légumineuses. »
Camille Dumat, professeure à Toulouse INP au laboratoire Dynafor en agroécologie, est du même avis : « Si vous êtes inquiets en tant que parents, le premier réflexe est d’en parler à votre médecin généraliste pour savoir si cette inquiétude repose sur des éléments rationnels. » Même si le patient n’est pas éligible à un remboursement, il est possible de faire un test pour 27,50 €. Le cadmium étant davantage absorbé par l’organisme en cas de carence en fer, le Pr Pierre Souvet recommande de vérifier que les adolescentes ne présentent pas de carence, courante chez les femmes réglées.
Cadmium : varier l’alimentation dès le plus jeune âge
Selon le mode de vie et l’alimentation, certains enfants sont davantage exposés. « Quand on parle de zones polluées, c’est assez flou. Votre enfant peut être concerné, a fortiori s’il se ronge les ongles ou suce son pouce. Ceux qui mangent beaucoup d’aliments concentrés en cadmium, comme les céréales, les pommes de terre, le chocolat, les mollusques ou les algues, ont plus de risques », détaille le Pr Pierre Souvet.
Pour limiter l’impact, les scientifiques recommandent de varier le régime alimentaire. Les légumineuses, les produits laitiers et certains fruits et légumes sont moins contaminés. Si l’agriculture bio est « potentiellement concernée » selon l’Anses, une étude de 2014 conclut à un écart de 48 % de teneur en cadmium en faveur des aliments bio.
Une loi pour protéger les nouvelles générations
Si les études se penchent sur les enfants à partir de 6 ans, la question des plus jeunes, et notamment des bébés, doit se poser. « Si les 6-10 ans ont déjà un taux de 0,31 µg/g, c’est que ça a commencé petit », observe le Pr Pierre Souvet. S’il n’est pas question de tester les bébés, il réitère sa recommandation : varier le régime alimentaire en évitant l’excès de petits pots et de repas à base de pommes de terre et de céréales.
Votée le 3 juin dernier en première lecture à l’Assemblée nationale, une proposition de loi écologiste prévoit une réduction des taux de cadmium autorisés dans les engrais phosphatés utilisés en France. Pour la professeure Camille Dumat, ce texte va dans le bon sens pour protéger les futures générations. « On peut être relativement optimiste par rapport à l’exposition à ce polluant. En quelques années, une réelle amélioration est possible, d’autant plus si on intensifie les pratiques agroécologiques. Les industriels disent que ce sont des techniques de bobos, mais des maraîchers le font et si, petit à petit, l’agriculture s’en empare, d’ici 5 ans on observera une amélioration significative. » Un signal d’espoir pour les plus jeunes qui bénéficieront de cette avancée législative.
Texte : Hélène Guinhut Boncœur. Photos : Pascal Bonnière – Sébastien Jarry / La Voix du Nord / Maxppp.