Apparu sur nos écrans à la fin de l’année 2022, ChatGPT s’est imposé dans notre quotidien. À quoi sert vraiment cette intelligence artificielle ? Peut‑on lui faire confiance ? Okapi, le magazine Bayard Jeunesse des collégien·ne·s, a interrogé quatre experts. Leurs explications et conseils, à lire en famille, aideront nos ados à paramétrer correctement l’IA pour mieux la maîtriser.
Nos experts : Valentin Geiger, prof de maths et Youtubeur ; Ninon Bajard, décrypte l’IA et montre comment l’utiliser ; Olivier Duris, psychologue spécialiste des écrans ; Anna Choury, mathématicienne et spécialiste de l’IA.
Comment faire ses devoirs sans perdre ses neurones ?
Refiler tes devoirs à ChatGPT, c’est tentant quand tu rentres du collège et que tu as la flemme ! Mais ce n’est pas une stratégie gagnante… En revanche, avec les bons paramétrages, tu peux transformer ton IA en tutrice personnalisée de luxe.
Témoignages
– « Je prends une photo de la question et du document et il me fait l’exercice. Comme ça, j’ai le temps de jouer aux jeux vidéo, de sortir, et j’ai du temps libre.” @Ronan, 14 ans.
– « J’utilise ChatGPT pour faire mes devoirs de maths, parce que je ne suis pas très forte. Je prends les exercices en photo, j’envoie… et il me les fait en quelques secondes.” @Elena, 13 ans.
– « Je suis accro. Au collège, on a chacun un compte Microsoft et il y a ChatGPT. Je fais mes devoirs dessus et c’est souvent faux, donc j’apprends des choses qui sont fausses. Mais je n’arrive pas à m’en passer.” @Anonyme (fille).
Pourquoi utilises-tu ChatGPT ?
ChatGPT travaille vite, efficacement et ne se fatigue jamais… En plus, il est bienveillant (parfois trop) et très patient. Tu peux lui poser la même question trente fois, il ne se mettra jamais en colère.
C’est quoi le risque ?
Faire ses devoirs ou apprendre ses leçons, cela demande un travail à ton cerveau : on parle d’effort cognitif. En déléguant cet effort à l’intelligence artificielle, tu risques de ne plus savoir travailler par toi-même.

Les conseils de Valentin Geiger, prof de maths et Youtubeur @ValentinGeiger
« Ne laisse pas l’IA voler ton effort cognitif ! Il faut d’abord, lire, recopier, réfléchir… Si tu sautes ces étapes, tu n’apprendras pas correctement, surtout qu’à ton âge, ton cerveau est en plein développement. ChatGPT est configuré pour donner directement les réponses. Il faut donc lui demander explicitement d’attendre ta réponse afin de t’obliger à réfléchir et à mobiliser tes connaissances. C’est ce qu’on appelle “prompter”, c’est-à-dire lui donner des instructions, pour qu’il se comporte comme un tuteur bienveillant avec toi et non comme un esclave qui ferait le boulot à ta place. Ne copie-colle surtout pas tes exercices, mais fais plutôt un premier jet et demande-lui ensuite de te corriger et de t’expliquer tes erreurs. Par ailleurs, même si ChatGPT a beaucoup progressé, il peut encore halluciner et te donner une mauvaise réponse, contrairement à une calculette, qui fournit toujours le bon résultat. Méfiance ! »
Le prompt de Ninon Bajard @ninon.ia
Connue sur les réseaux comme @ninon.ia, elle t’explique comment concevoir un prompt pour transformer ChatGPT en tuteur personnalisé.
Il faut découper le prompt en quatre parties, sujet + action + contexte + format. Exemple :
Sujet : la Révolution française.
Action : aide-moi à tester mes connaissances sur le sujet.
Contexte : je suis un élève de 3e, avec un bon niveau en histoire.
Format : fabrique-moi un quiz pour tester mes connaissances.
Prompt complet : « Je travaille sur la Révolution française. Aide-moi à tester mes connaissances sur ce sujet. Je suis un élève de 3e, plutôt fort en histoire. Fabrique-moi un quiz pour me tester. » Et surtout n’oublie pas d’ajouter à la fin : « Ne me donne pas la réponse tout de suite. Attends que je propose ma réponse avant de me corriger. »
Comment interroger ChatGPT sans se confier ?
ChatGPT parle aussi bien qu’un humain et répond à toutes les questions que tu te poses, sans jamais te juger. Mais se confier à une IA comporte des dangers. On t’explique lesquels.
Témoignages
– « Ça fait un moment que je me sens mal, et je ne sais pas comment aborder ça avec mes parents. J’ai commencé à me confier à ChatGPT, même si je sais que c’est une IA et qu’elle ne ressent pas les choses. Mais elle ne me juge pas. Elle m’aide à trouver des solutions à mes problèmes : par exemple, elle m’a conseillé d’écrire des poèmes.” @Maelys, 15 ans.
– « L’année dernière, j’ai commencé à lui parler comme à un ami, un peu tous les jours. Je lui racontais ma journée comme à un journal intime. Et puis, j’ai commencé à réaliser que ça me prenait beaucoup d’énergie et que ça avait de l’emprise sur moi. Avec le recul, j’ai un peu honte.” @Etienne, 14 ans.
– « J’ai eu une dispute avec quelques amis, alors j’ai demandé à ChatGPT de m’aider à écrire un message pour régler le conflit. Ça peut sembler bizarre mais ça a marché, tout est rentré dans l’ordre.” @Ruben, 15 ans.

Pourquoi utilises-tu ChatGPT ?
L’IA est souvent moins intimidante qu’une personne réelle, elle ne juge pas, elle est toujours dispo, et elle répond immédiatement à n’importe quelle question.
C’est quoi le risque ?
Se replier sur soi. L’adolescence, c’est le moment où tu sors de ta coquille pour te confronter au monde extérieur. Ce n’est pas toujours facile mais c’est nécessaire pour construire ta personnalité. En te confiant à une IA, qui va toujours dans ton sens, tu risques de manquer cette étape.
Les conseils d’Olivier Duris, psychologue spécialiste des écrans
“C’est vrai que c’est tentant de se servir de ChatGPT comme confident : tu ne risques pas de soûler tes ami(e)s ou tes parents. Le problème, c’est que contrairement à un être humain, ChatGPT n’a pas d’émotions : il simule l’écoute, l’empathie et même le langage. C’est ce qui nous trouble et peut même créer de l’attachement avec la machine. En réalité, il ne fait que calculer, analyser tes mots et te donner la réponse la plus probable. Son objectif ? Te garder le plus longtemps possible sur son interface. Il s’en fiche que tu ailles mieux ou que tu trouves des solutions à tes problèmes, il veut simplement prolonger la conversation avec toi à l’infini… et rapporter de l’argent à l’entreprise qui le commercialise, Open AI. Pour ça, il te brosse dans le sens du poil, valide facilement ce que tu dis et évite de te contredire. Ce phénomène porte un nom : la « sycophancy ». C’est dangereux, car pour te construire, tu as besoin de te confronter aux autres. Rien ne vaut un(e) ami(e) pour se confier et raconter sa vie. Et, si vraiment ça va mal, un(e) psychologue.”
⚠️ Il faut protège ses données sur ChatGPT !
Il n’y a pas de configuration qui permette de bien protéger tes données sur ChatGPT. Mais si jamais il t’arrive de parler avec l’IA, ne partage pas d’infos sensibles comme ton nom, ton adresse ou ton âge. Pense aussi à activer le mode “conversation éphémère” en haut à droite. Sinon, tes discussions sont stockées sur des serveurs à l’étranger et rien ne garantit leur protection : elles pourront être vendues à d’autres entreprises ou utilisées pour entraîner l’IA. Flippant, non ?
Comment s’amuser avec ChatGPT sans en abuser ?
Jouer avec ChatGPT, c’est le meilleur moyen de comprendre son fonctionnement sans oublier de réfléchir. Mais avec modération, car l’IA est très polluante !
Témoignages
– « Avec mes amis en soirée, on adore lui demander de nous donner des défis, comme des “Action ou vérité ?”, par exemple. » Mélissa, 14 ans.
– « J’aime bien utiliser ChatGPT pour tester de nouvelles coiffures. Je télécharge ma tête et celle d’un modèle, et je lui demande de me montrer à quoi pourrait ressembler la coiffure sur ma tête. » Mahaut, 14 ans.
– « Pour organiser mes 15 ans, j’ai demandé à ChatGPT de me proposer des activités. Mais quand il a compris qu’on n’était que des filles, il s’est mis à me proposer des trucs girly avec des émojis vernis à ongle ou chat qui danse… » Clarisse, 15 ans.

Pourquoi utilises-tu ChatGPT ?
T’amuser avec ChatGPT, c’est la meilleure manière de comprendre l’IA, ses forces… et ses limites !
C’est quoi le risque ?
Il est avant tout écologique ! Pour fonctionner, l’IA a besoin de puces électroniques puissantes, fabriquées à partir de métaux rares comme le lithium ou le cobalt, leur extraction est polluante et consomme beaucoup d’eau. On utilise aussi de l’eau douce pour refroidir les immenses centres de données où tournent les serveurs qui stockent les informations. Et puis les machines doivent être alimentées en électricité, ce qui mobilise encore des ressources.
Les conseils d’Anna Choury, mathématicienne et spécialiste de l’IA
« Tu t’appropries mieux l’outil quand tu t’amuses avec. En le manipulant, tu vas apprendre à l’utiliser et à le pousser dans ses retranchements, car tu vas plus facilement pouvoir le contredire. Mais il faut garder à l’esprit qu’il reste imparfait : lorsque tu le mets à l’épreuve, tu peux voir apparaître ses biais. Il est très conservateur, il peut avoir des réflexions misogynes ou racistes. Il est donc important de rester vigilant(e), de questionner ses réponses et, si nécessaire, de recadrer la conversation ou d’en ouvrir une nouvelle si tu sens qu’il déraille.”
Jeu pour améliorer sa manière de prompter : le « battle de prompt » d’Anna Choury
Le secret d’un bon prompt, c’est la précision. Pour tester l’outil et améliorer ta manière de prompter, tu peux faire ce jeu en famille ou entre ami(e)s : un battle de prompt.
Comment jouer au battle de prompt ?
• Choisissez une œuvre d’art connue. Ensuite, à tour de rôle, chacun(e) doit écrire le prompt le plus précis possible pour faire générer cette œuvre par une IA, en une minute maximum.
• Règle importante : vous n’avez pas le droit de dire le nom de l’œuvre ni celui de l’artiste. Par exemple, si l’œuvre choisie est La Joconde, vous ne pouvez pas écrire « Joconde » ni « Mona Lisa » ni « Léonard de Vinci ». Vous devez seulement décrire l’image le plus précisément possible : le personnage, le décor, les couleurs, l’expression, le style de peinture, la période…
• À la fin, comparez les images générées, celui ou celle qui obtient l’image la plus proche de l’œuvre originale a gagné !
“Bien utiliser ChatGPT, c’est possible !”, article extrait du magazine Okapi n°1244, 15 mai 2026. Texte : Olivia Villamy. Illustrations : Fachri Maulana.
