Aîné(e), cadet(te), benjamin(e), enfant unique : on ne choisit pas son rang de naissance et les clichés qui y sont rattachés. Quelle influence cela peut-il avoir sur la personnalité ? Okapi, le magazine Bayard Jeunesse des collégiens, a mené l’enquête auprès d’adolescent(e)s, avec une psychologue, pour aider nos enfants à se sentir bien, quelle que soit leur place dans la famille. Et ce n’est pas toujours simple…
L’aîné(e)
Témoignage d’Abel, 12 ans et demi, qui a un petit frère de 9 ans :
« C’est cool d’être l’aîné. J’ai le droit d’avoir des choses que mon petit frère n’a pas, comme un téléphone. Je peux sortir seul, pas lui. J’aime bien aussi qu’il me prenne pour modèle : il me copie ou il me demande des conseils pour ses devoirs, ça me donne confiance en moi. Je me sens aussi obligé de le protéger, par exemple quand on va au parc ensemble. Je pense que je serai toujours comme ça ! Et puis, en tant qu’aîné, mes parents me confient des responsabilités : nettoyer la table, aller chercher le pain… C’est normal. On verra si, plus tard, ils demandent la même chose à mon petit frère. Pour le moment, ce que je ne trouve pas normal, c’est qu’ils sont moins sévères avec lui qu’avec moi. Quand ils nous grondent et nous punissent – par exemple en nous privant de jeux vidéo –, mon petit frère ne fait pas la punition et on ne lui dit rien, alors que ce n’est pas pareil avec moi ! »

Les parents découvrent leur rôle
Héloïse Junier, psychologue : « Avec un premier enfant, les parents découvrent leur rôle et apprennent à gérer le quotidien… En conséquence, ils s’investissent à fond et lui portent énormément d’attention. Mais ils sont aussi souvent plus stressés, plus exigeants, moins tolérants qu’avec le/la suivant(e)… et ils lui donnent plus de responsabilités ! »
Les conseils d’Okapi : “Ne joue pas au parent bis”
Relaxe-toi : tu n’as pas à être parfait(e) ni à tout gérer pour tout le monde. Parle quand ça te pèse : si la pression monte, dis-le à tes parents. Garde ton espace : tu as le droit d’avoir ta vie, tes activités, ton intimité. Ne joue pas au parent bis : les aider, oui ; les remplacer, non. Reste toi-même : tu n’es pas qu’un « exemple », tu as le droit d’être juste toi.
L’enfant du milieu
Témoignage d’Hector, 12 ans, qui a une grande sœur de 15 ans et un petit frère de 9 ans :
« J’ai à la fois les avantages et les inconvénients de l’aînée et du petit dernier. Ma grande sœur est allée au collège avant moi, donc elle m’a expliqué comment ça se passe. Elle s’est battue pour obtenir des choses – comme monter à moto avec mon père –, et moi, j’ai pu en bénéficier plus facilement. Donc je profite bien de son expérience ! Mais il y a aussi un côté moins cool : elle a le droit de sortir plus tard que moi, et elle a eu un téléphone dès la 6e… avant que mes parents ne reviennent sur leur décision. Moi, en 5e, je n’ai toujours pas de portable ! Avec mon petit frère, la situation se renverse : j’ai des privilèges qu’il n’a pas, comme regarder des films en soirée. Mais si on se dispute, je me prends plus de punitions car je suis plus grand !

Une attention pas toujours égale des parents
Héloïse Junier, psychologue : « Être coincé(e) au milieu de ses frères et sœurs, ce n’est pas une position très confortable. Les parents, même sans le vouloir, accordent souvent plus d’attention exclusive à l’aîné(e) qu’à celui ou celle du milieu. Ils sont aussi souvent disposés à accorder des choses au/à la plus jeune de la fratrie qu’ils n’accordaient pas aux autres. »
Les conseils d’Okapi : “Tu as le droit à ta place”
Fais entendre ta voix : exprime ce que tu ressens et ce dont tu as besoin. Tu as droit à ta place. Rappelle-toi que tu n’as pas besoin d’être comparé(e), ni à l’aîné(e) ni au/à la plus jeune. Trouve ton moment : passe du temps seul(e) avec tes parents, ou avec l’aîné(e), ou le/la benjamin(e). Utilise ton rôle : parfois, être au milieu permet de calmer les conflits et de rapprocher les autres. Cela peut être un atout. Profite de ta position : tu peux t’appuyer sur l’aîné(e) pour les conseils et sur le/la benjamin(e) pour t’amuser.
Les cadet(te)s et benjamin(e)s
Témoignage de Makeda, 13 ans, qui a une grande sœur de 25 ans et deux grands frères de 19 et 14 ans :
« En tant que dernière, je me suis habituée à me débrouiller toute seule. Pour les devoirs, par exemple. Je suis aussi capable de rester seule à la maison. Ma mère me laisse plus d’autonomie car elle est sans doute moins stressée qu’elle ne l’était avec ma sœur et mes frères. Elle a plus d’expérience.
Témoignage de Joachim, 12 ans, qui a un grand frère de 24 ans et une grande sœur de 17 ans :
Souvent, ma famille m’appelle le « petit dernier » en se moquant… Mais ça a aussi des avantages : mes parents sont moins sévères avec moi, ils sont aussi plus aisés qu’ils ne l’étaient plus jeunes, donc ils m’achètent plus de fringues… Mais ils sont peut-être moins disponibles, ou alors ils ont moins envie de faire des choses qu’ils avaient déjà faites plusieurs fois avec mon frère ou ma sœur.
Témoignage de Juliette, 14 ans, qui a une grande sœur de 17 ans :
Le moins cool pour moi, qui suis la benjamine, c’est que l’an prochain, je vais me retrouver seule à la maison. En effet, ma sœur va partir faire ses études dans une autre ville. Bon, le résultat c’est que j’aurai tout le loisir de parler à table le soir… c’est toujours ça !
Des parents plus détendus
Héloïse Junier, psychologue : « Avec le deuxième, troisième ou quatrième enfant (et au-delà !), les parents sont généralement plus détendus. Ils ont du recul, ils connaissent les différentes situations qu’ils ont déjà vécues avec le ou les premier(s) au même âge. Ça a des bons côtés… mais ça veut dire aussi moins d’attention ou de suivi pour lui. »

Les conseils d’Okapi : “Fais-toi entendre”
Montre que tu peux être autonome et responsable. Profite de l’expérience de tes aîné(e)s pour apprendre des trucs utiles. Parle de tes besoins et fais-toi entendre, sans jalouser les autres. Trouve tes moments à toi pour briller et créer tes propres réussites.
L’enfant unique
Témoignage de Circé, 12 ans :
« Comme je suis toute seule, mes parents ont plus de temps pour s’occuper de moi ! Ils me font découvrir plein de films ou de musiques. Comme j’ai tendance à m’ennuyer, ils m’ont inscrite à un tas d’activités, comme le basket, la batterie… Ils m’emmènent et viennent me chercher. Enfin, on invite souvent des copines à la maison. L’inconvénient d’être seule, c’est que mes parents sont plus sur mon dos. Exemple, pour mes devoirs : même quand je n’ai rien à faire, mon père me trouve des exercices. Et ce n’est pas parce que je suis seule que mes parents me laissent tout faire. J’ai des règles à respecter : j’ai un temps limité de téléphone, je n’ai pas le droit d’aller me balader hors de ma résidence quand je promène mon chien… Mais je trouve ça normal.

Ni un défaut ni un avantage
Héloïse Junier, psychologue : « Être enfant unique n’est ni un défaut ni un avantage. Les parents ne sont pas forcément plus protecteurs : certains posent un cadre très clair, d’autres moins, comme dans toutes les familles. Certains enfants profitent d’une attention plus personnalisée, d’autres non. Rien n’est automatique. »
Les conseils d’Okapi :
Ouvre-toi aux autres : crée ta « fratrie choisie » avec tes ami(e)s.
Dis ce que tu ressens : tes parents ne lisent pas dans tes pensées.
Pas de pression : tu n’as pas à être « parfait(e) ».
Cultive ton autonomie : c’est l’une de tes forces.
Ce qui a bien plus de valeur que sa place dans la fratrie
- L’attention de tes parents : s’ils t’écoutent et t’encouragent.
- L’entente avec tes frères et sœurs : complicité ou disputes ?
- La reconnaissance : te sentir compris(e) et valorisé(e).
- Et le fait d’être une fille ou un garçon ? Les parents ont parfois tendance à se montrer plus protecteurs avec une fille, mais aussi à lui donner plus de responsabilités, quelle que soit sa place dans la fratrie. Est-ce que tu as cette impression ?
Merci à Héloïse Junier, docteure en psychologie du développement et auteure de Frères et sœurs, une histoire de complicité et de rivalité (éd. Les Arènes).
“Ma place dans la fratrie, ça compte ?”, article extrait du magazine Okapi n° 1237, Texte : Sandrine Pouverreau. Illustrations : Clotka.
En février dans Okapi

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