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À l’adolescence, les émotions s’emballent et les attirances se dévoilent, parfois de façon déroutante. Mais comment comprendre par qui l’on est vraiment attiré(e) ? Okapi, le magazine Bayard Jeunesse pour les 10-15 ans, et le psychiatre Serge Hefez tentent d’aider nos ados – qui ne savent pas toujours à qui se confier.

Parmi les sujets intimes sur lesquels les abonné(e)s d’Okapi (10-15 ans), mais aussi ses lectrices et lecteurs occasionnel(le)s, ont l’habitude d’écrire à la rédaction, l’orientation sexuelle est récurrente.

Filles ou garçons, beaucoup éprouvent le besoin de se confier, avec pudeur, dans l’espoir de trouver des réponses qu’ils et elles ont du mal à trouver ailleurs. « Je me sens un peu perdu et j’aimerais savoir comment comprendre mes sentiments et mes attirances », exprime un garçon de 13 ans, sous couvert d’anonymat. « Comment savoir si j’aime le même sexe que moi ? », complète une jeune lectrice, du même âge. « Je ne voudrais pas tirer de conclusions hâtives », écrit un troisième, pris dans les mêmes interrogations, les mêmes tourments, et qui demande de l’aide.

Tout cela est perturbant, on le comprend, pour ces jeunes personnes qui ne savent pas à qui se confier. On mesure à quel point il est compliqué, courageux et méritoire de leur part, de formuler des questions, alors que les émotions s’emballent et les attirances se dévoilent, parfois de façon déroutante.

Face à toutes ces interrogations, Okapi, dans sa rubrique « On se dit tout », se doit d’apporter des réponses à la fois éclairantes et rassurantes. Ses journalistes le font, comme sur tout autre sujet, en s’appuyant sur des professionnels reconnus pour leur expertise sur cet âge de la vie. Ici, Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité familiale de la Pitié-Salpêtrière, auteur de nombreux ouvrages sur l’adolescence, apporte sa contribution précieuse.

Expliquer ce que signifie une attirance sexuelle, comprendre que c’est un sujet intime et qu’il n’y a pas d’urgence, à cet âge, qui obligerait à se définir sexuellement, bien au contraire, que l’on peut évoluer, accepter que l’important est de se respecter et de respecter les autres

Autant de mots précieux pour accompagner les années du collège, celles que traversent ces adolescent(e)s. Ce ne sont pas encore les années d’une sexualité partagée, mais déjà celles de la découverte de son propre corps, en pleine transformation, et dont on apprend à connaître les sensations, les réactions, souvent inconnues, imprévues, voire incompréhensibles à l’heure des premiers signes de la puberté. Merci à Serge Hefez d’avoir aidé à poser des mots simples, à même de nourrir les lectrices et lecteurs…

Jean-Yves Dana, rédacteur en chef d’Okapi

Couverture du magazine Okapi n° 1239, 1er mars 2026.
Couverture du magazine Okapi n° 1239, 1er mars 2026.

Témoignages et questions d’ados sur l’orientation sexuelle

« Je ressens de l‘attirance envers des garçons, je lis des histoires mettant en scène des couples homosexuels, mais je ressens aussi de l’attirance pour les filles. Bref, je pense être bisexuel mais je ne sais pas comment en être sûr ! Aidez-moi ! » Anonyme (garçon), 13 ans

« Depuis quelque temps, je me pose des questions sur mon orientation sexuelle. Je crois que je suis déjà tombée amoureuse d’une de mes amies, mais je n’en suis même pas sûre et je ne sais donc pas si je suis pansexuelle, bisexuelle, hétérosexuelle, lesbienne ou même aromantique. Pouvez-vous m’aider s’il vous plaît ? » Anonyme (fille), 12 ans

« Comment savoir si j’aime le même sexe que moi ? » Anonyme (fille)

« J’ai une question un peu personnelle. Je ne sais pas trop si je suis homosexuel. Je crois que je pourrais être en crush sur mon meilleur ami, pour qui j’ai l’impression de ressentir de l’amour. Je me sens un peu perdu et j’aimerais savoir comment comprendre mes sentiments et mes attirances. » Anonyme (gars), 13 ans

« En ce moment, je suis attiré par les garçons, mais je n’en suis pas tout à fait sûr et je ne voudrais pas tirer de conclusions hâtives. Et là vient un autre problème : j’aimerais avoir des enfants, or si je suis homosexuel, ce n’est pas possible. Aidez-moi ! » Un gars du 81.

Peut-on changer d’orientation sexuelle ?

Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris)

L’orientation sexuelle n’est pas quelque chose de figé, mais elle se transforme et évolue tout au long de la vie. Nos attirances sexuelles ne forgent pas nos identités : un garçon peut embrasser un garçon sans forcément être homosexuel. Ce qui compte, c’est l’épreuve du réel, car c’est au contact de l’autre que l’on comprend ce que l’on ressent. Il faut se laisser aller, faire confiance à ses sensations. Par exemple, c’est quand on mange du chocolat qu’on sait si on aime ça ou non. L’orientation sexuelle, c’est un peu pareil !

L’orientation sexuelle, c’est quoi au juste ?

C’est l’attirance sexuelle, le désir que l’on peut ressentir pour une autre personne. Il en existe plusieurs formes. La plus connue et majoritaire, c’est l’hétérosexualité : quand on est attiré par une personne d’un autre sexe. Il y a aussi l’homosexualité (quand on est attiré par une personne du même sexe), la bisexualité (quand on est attiré par des personnes des deux sexes), la pansexualité (quand l’attirance ne dépend pas du sexe ou du genre de la personne). On parle aussi d’asexualité quand on ne ressent d’attirance sexuelle pour personne. Voilà pour les plus connues, mais il existe plein d’autres termes, comme panromantique (lorsqu’on est attiré sentimentalement, mais pas sexuellement, par tout type de personnes) ou encore sapiosexuel (quand on est attiré par l’intelligence d’une personne)… Tu vois, les horizons sont vastes !

Pas besoin de te mettre une étiquette

C’est important de savoir qu’il existe plusieurs identités sexuelles, mais tu n’as pas besoin de te ranger dans une case tout de suite. C’est tentant de mettre un mot sur ce que tu ressens, surtout que tu traverses une période de changements (physiques et psychologiques), où tout peut te sembler flou. Les étiquettes, c’est rassurant, mais ça peut aussi être réducteur.

Illustration : un ado jette à la poubelle un tee-shirt sur lequel est écrit "PRÉJUGÉS - ÉTIQUETTES"

Prends le temps de te découvrir à ton rythme

Tu n’as aucune pression à te mettre, et tu as le droit de ne pas savoir tout de suite ce que tu préfères, et même de changer d’avis. Souvent, l’orientation sexuelle apparaît comme une évidence, mais c’est loin d’être toujours le cas. Pour beaucoup, l’orientation sexuelle n’est pas forcément figée, elle peut même évoluer au fil du temps et des rencontres. Le plus important, c’est d’observer tes sentiments sans jugement ni peur, d’écouter tes émotions et d’aller vers ce qui te fait du bien et te rend heureux(se). Si tu as les mains moites, le cœur qui palpite et des papillons dans le ventre, alors oui, c’est sûrement de l’attirance. Rappelle-toi que rien ne presse : tu as tout le temps pour explorer tes sentiments et avancer à ton rythme.

L’orientation sexuelle : innée ou acquise ?

C’est une question complexe qui fait encore débat parmi les scientifiques. Aucune étude n’a conclu qu’il existe un gène définissant l’orientation sexuelle. Il n’existe pas non plus d’explication hormonale, comme on le croyait par le passé. Ce qu’il faut retenir, c’est que ton orientation sexuelle est probablement le résultat de plusieurs influences, liées à ta personnalité et à ton histoire, qui sont uniques. Ce n’est pas un choix conscient mais quelque chose que tu découvres au fil du temps. Ce qui compte le plus, c’est la manière dont tu te perçois.

Se respecter et respecter les autres

Bref, tu l’auras compris, l’orientation sexuelle, c’est une affaire très délicate et très intime. Il faut l’imaginer comme un voyage : certains pays te tentent, d’autres pas du tout. Mais même lorsqu’on choisit la même destination, chacun(e) ressent les choses différemment. Il faut respecter ton ressenti et celui des autres. Évite les effets de groupe et rappelle-toi que chacun(e) a le droit de vivre son orientation sexuelle librement, sans peur ni jugement. Ton rôle, c’est de contribuer à créer un environnement où c’est possible.

Trois séries sans tabou

Heartstopper

Charlie est un lycéen rêveur qui vient de faire son coming out, Nick un joueur de rugby populaire et hétéro. Entre eux naît une histoire d’amour aussi inattendue que touchante. Avant de conquérir le public sur Netflix, Hearstopper est surtout un roman graphique incontournable.

À voir sur Netflix (3 saisons de 24 épisodes + un film à venir) et à lire aux éditions Hachette.

Love, Victor

La série est un spin-off du film Love, Simon. On suit Victor, jeune lycéen qui débarque dans un nouvel établissement, mais qui cache son homosexualité. Il ment à tout le monde : sa famille, ses potes et… sa copine. Jusqu’à ce que le mensonge devienne intenable !

À voir sur Disney+ (3 saisons, 28 épisodes).

Atypical

Casey, la sœur protectrice du personnage principal Sam, atteint d’autisme, se pose de nombreuses questions sur son orientation sexuelle. En couple avec son voisin Evan, elle développe des sentiments pour sa meilleure amie Izzie. Au fil des saisons, on la voit se découvrir et s’affirmer progressivement.

À voir sur Netflix (4 saisons, 38 épisodes).

“Orientation sexuelle : comment savoir par qui je suis attiré(e) ?”, article extrait du magazine Okapi n° 1239, 1er mars 2026. Textes : Olivia Villamy. Illustrations : Yomgui D.