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Malgré l’interdiction faite aux mineurs, de nombreux adolescents ont déjà réalisé des paris sportifs. À l’occasion de la Coupe du Monde de football, l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique insiste sur la prévention.  

Fin mai, un petit groupe d’élèves en bac professionnel est regroupé autour d’une table de jeu, façon casino. Répartis en deux équipes, ils font face à un maître du jeu qui leur distribue des jetons. Basée sur le hasard, la règle consiste à tourner une roue pour tomber sur un numéro compris entre 1 et 6 et à tirer des cartes de questions et de gages. Même si les jetons représentent de l’argent fictif, les jeunes garçons se laissent gagner par l’enthousiasme.

À chaque jeton gagné, ils exultent, et pestent dès que la chance tourne. Sur les cartes tirées, les questions se veulent éducatives. « Quel est le pourcentage de jeunes hommes et de jeunes femmes ayant essayé le jeu d’argent ? » (Réponse : 21 % de femmes et 43 % d’hommes) ou encore « Quelle stratégie de gestion de budget utiliser pour éviter de perdre trop d’argent en jouant ? » (Réponse : se fixer un montant limite).

Jeux en ligne : « Je joue un peu, une à deux fois par semaine » 

Baptisée « Cash Cash : la face cachée des jeux d’argent et de hasard » et présentée par l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique (OPEN), l’exposition immersive à laquelle participent ces lycéens ne les plonge pas dans un univers inconnu. « Je joue un peu, une à deux fois par semaine, mais à chaque fois je gagne », se vante un élève. « Oui c’est illégal, mais il y a des tabacs qui acceptent et puis il y a les jeux en ligne », assure un autre. Quand Aristide Miguel, qui anime l’atelier, leur demande la plus grosse somme qu’ils ont déjà gagnée, l’un d’eux répond, un peu bravache : « Entre 300 et 400 euros. » Passionnés de foot, c’est ce sport qui les conduit souvent à parier.  

42,6 % des 15/17 ans ont joué au moins une fois à un jeu d’argent 

Ce groupe est représentatif d’un phénomène qui touche toute une classe d’âge. Même si légalement, il faut avoir 18 ans pour jouer à des jeux d’argent, 42,6 % des 15/17 ans ont joué au moins une fois à un jeu d’argent au cours de l’année (selon l’étude ENJEU-Mineurs 2025, ARPEJ, 2026). Les plus jeunes sont aussi concernés. C’est à 11 ans que les enfants sont exposés pour la première fois aux paris en ligne via les parents, selon une étude Harris Interactive.  

Paris sportifs : accompagner plutôt qu’interdire 

Alors que la Coupe du monde de football bat son plein, Aristide Miguel, intervenant prévention et conduites à risque au sein de Tête à Tête, organisme basé en Seine-Saint-Denis, invite les parents à dialoguer avec leurs enfants. « Ils peuvent questionner leurs enfants pour savoir s’ils jouent, comment ils ont commencé à jouer (si ce sont des amis ou des publicités qui les ont amenés à essayer) et quelle est la fréquence de jeu, ce qui aide à mesurer le niveau d’addiction ou non pour pouvoir les accompagner.

Bien souvent quand on interdit quelque chose à un jeune, il va contourner l’interdit. On peut poser des limites en lui disant : « Là, tu ne mettras que telle somme d’argent dans un pari. » Même si l’inquiétude parentale peut être légitime, il insiste : « La clé, c’est l’accompagnement et la communication. Les jeunes ont besoin de sentir qu’ils sont écoutés et compris, plutôt que d’être réprimés dans une pratique qui est très largement partagée par le groupe dans lequel ils évoluent. »  

Jeux d’argent : une pratique décomplexée 

Car si le risque d’addiction existe, cette habitude n’est pas du tout stigmatisée. « Il n’y a aucun tabou par rapport aux jeux d’argent, c’est socialement accepté », note Aristide Miguel. « On reçoit beaucoup de jeunes qui font déjà des paris sportifs, car il y a énormément de promotion sur les réseaux sociaux. C’est aussi perçu comme un moyen d’émancipation financière. Ce sont des gens qui commencent très jeunes, dès le collège, car les bureaux de tabac ne sont pas très regardants sur l’âge des parieurs. »

Face aux jeunes concernés, il énumère quelques règles :

  • 👉 contrôler votre temps passé à jouer,
  • 👉 ne cherchez pas à gagner votre vie grâce au jeu,
  • 👉 gardez d’autres sources de plaisir,
  • 👉 ne jouez pas sur un site illégal,
  • 👉 n’empruntez pas d’argent pour jouer et posez vos limites.

Autant de préceptes dont les parents peuvent s’emparer pour les transmettre à leurs enfants.   

Hélène Guinhut Boncœur. Photo : PQR/Le Parisien/MAXPPP.